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  • La joie et la tristesse de l’apôtre Paul

    Romains 8. 31b-39 et Romains 9.1-5 Comment comprendre ces deux passages de l’épitre Aux Romains que nous venons de lire ? Ne sont-ils pas Contradictoires ou même carrément opposés ? Le premier est un cri de louange de l’apôtre Paul. C’est même un extraordinaire hymne à la joie, tout remplid ’enthousiasme et de reconnaissance. On sent Paul bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même et qui n’a pas assez de mots pour dire son émerveillement qui dépasse tout ce qu’il avait pu même imnaginer : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?..J’ai l’assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur... Dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Et puis, juste après sans aucune transition – lem ême Paul écrit : j’éprouve une grande tristesse et j’ai dans le cæur un chagrin continuel . Et pour bien montrer qu’il ne divague pas et qu’il n’exagère pas, mais qu’au contraire ce qu’il dit est l’exacte vérité il ajoute solennellement : je ne mens pas et il prend à témoin – et quels témoins- à la fois sa conscience, le Christ et le Saint-Esprit : je dis la vérité en Christ, ma conscience m’en rend témoignage par le St-Esprit. (Ro.9.1) Nous ne remarquons pas toujours 1'opposition qui existe entre ces deux passages, car dans nos Bibles l'émerveillement de l'apôtre, son hymne à la joie comme nous disions au début est la fin du chapitre 8 de l'épitre aux Romains tandis que le rappel de sa tristesse est le début du chapitre 9. De plus, entre les deux, nos Bibles rajoutent des titres, des sous-titres ainsi que des références si bien que nous pensons que ce sont deux moments ou deux épisodes differents. Mais Paul n'écrivait pas en chapitres, ni en rajoutant des sous-titres. Les manuscrits que nous avons montrent bien qu'il s'agit d'un seul et même développement. Il n 'y a pas de césure entre les deux ! D'où vient donc cette double réalité chez l'apôtre: L'extraordinaire hymne à la joie d'une part un des plus beaux passages du Nouveau Testament - et la tristesse continuelle d'autre part ? Comment l'apôtre peut-il les vivre ensemble ? Cela a-t-il un enseignement pour nous, et si oui, lequel? Paul, qui s'appelait encore Saul de Tarse au moment des faits, a vécu un véritable tsunamisur le chemin de Damas. Un tsunami physique d'abord quand il a vu, selon ses propres dires une lumière venant du ciel et dont l'éclat surpassait celui du soleil (Ac. 26.13) De plus, il a entendu une voix qui l'interpellait. Il en a été tellement bouleversé qu'il est tombé par terre et lorsqu'il s'est relevé il été devenu aveugle. Mais plus encore qu'un tsunami physique, ce fut encore plus un tsunami spirituel et moral: toute sa fierté et son orgueil de pharisien sérieux et zélé, de théologien brillant qui connaissait 1Ancien Testament quasiment par cœur est aussi tombé par terre ! Qui es-tu Seigneur? répond-il à la voix qui l'appelle, en avouant son ignorance (Ac.9.5) Oue veur-tu que je fasse? demande-t-il encore dans une démarche d'humilité dont il n'avait certainement pas une grande habitude. Et Dieu va répondre très vite à ces deux questions. A Damas, Paul rencontre d'abord Ananias, puis les autres disciples présents dans la ville, (ceux-là même, je pense, qu'il était venu arrêter !) Et leur témoignage va bouleverser le futur apôtre. Que nous dit le texte biblique ? Saul resta quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas. Et aussitót il prêcha dans les synagogues que Jésus est le fils de Dieu (Ac. 9.20) Et le texte précise: Paul confondait les juifs qui habitaient Damas, démontrant que Jésus est le Christ. (Ac.9.19-22). Il a donc suffi de quelques jours pour que Paul change ainsi fondamentalement! Comment comprendre que cet homme « au grand savoir » selon l'expression de Festus, le gouverneur romain de Judée (Ac.26.24) se laisse si facilement et si complètement convaincre? Ca me fait penser à un cher ami juif, ancien étudiant dans une yeshiva, 1'équivalent d'une de nos facultés de théologie. Il m'a raconté son parcours peu banal : au cours de ses études il a désiré savoir ce que les chrétiens croyaient et enseignaient. Pour cela il s' est procuré un Nouveau Testament., livre qu'il n'avait jamais lu. En le lisant il a été bouleversé bien au-delà de ce qu'il avait pensé. «Dès le début de ma lecture, m'a-t-il confié, tout était nouveau pour moi dans ces récits évangéliques; mais en même temps, en lisant ces pages je me suis senti chez moi, et très vite je me suis dit : Les prophéties se sont accomplies; le Messie est venu, et c'est là, tout seul, en lisant le Nouveau Testament, je suis devenu chrétien tout en restant juif, car j'ai réalisé que les promesses faites aux patriarches, et les prophéties annoncées par les prophètes s'étaient réalisées. C'est au fond ce que dit Paul dans les versets 4 à 5 du chapitre 9 des Romains : mes freres ceux de ma race, sont les membres du peuple de Dieu. Dieu a fait d'eux ses fils et leur a accordé sa présence glorieuse; il a conclu ses alliances avec eux et leur a donné la loi, le culte, les promesses; ils sont les descendants des patriarches et le Christ, en tant qu'tre humain, est de leur race, lui qui est au dessus de tou, Dieu loué pour toujours. (Ro.9. 4-5). En écrivant cela Paul a compris, par le témoignage d'Ananias et des autres disciples présentt à Damas que le christianisme naissant ne voulait pas supprimer l'Alliance du Sinai ni la loi de Moise pas plus que le message d'aucun des prophètes. Mais au contraire, que tout ce qu'annonçait lAncien Testament se trouvait accompli et réalisé en Christ. Nous avons là un premier enseignement extrêmement important : ce qui a convaincu Paul si rapidement ; ce qui a fait de lui un témoin puissant capable de « démontrer » comme dit le texte d'Actes 9.22 que Jésus est le Messie, c'est qu'il ne s'appuyait pas uniquement sur des émotions ou des temoignages personnels, mais principalement sur les Ecritures. Les Actes des apôtres nous disent la même chose à propos d'Apollos à Ephèse. Lui aussi d émontrait par les Ecritures que Jésus est le Christ. (Actes 18.28) Personnellement j'aurais bien aimé assister à une de ces rencontres d'évangélisation de Paul à Damas ou d'Apollos à Ephèse. Quels étaient leurs arguments de démonstration ? Quels passages de l'Ancien Testament utilisaient-ils ? C'est je crois une des choses qui manque le plus dans nos essais de témoignage et d'évangélisation. On privilégie souvent des témoignages émouvants d'hommes ou de femmes qui ont vécu des choses bouleversantes. C'est juste et c'est bien d'avoir de tels messages, mais si nous voulons que notre évangélisation porte des fruits solides et engendre des chrétiens fermes dans leur foi, il faut que cette foi repose non seulement sur des émotions, mais aussi sur le fondement de la Parole de Dieu. C'est une des choses les plus importantes que j'ai apprises à la Ligue pour la lecture de la Bible. Je me rappelle ces rencontres de formation au témoignage et à l'évangélisation en Angleterre où le responsable insistait sur l'importance d'avoir une teaching evangelism comme il disait, c'est-à-dire une évangélisation qui soit aussi un enseignement biblique. C'est la seule manière pour que notre foi ait des racines solides et profondes. C'est une des choses, je crois, que notre génération doit retrouver : une évangélisation basée sur la Parole de Dieu et suivie par des études bibliques. Je me rappellerai toujours un camp de la Ligue vécu au Ghana, il y a maintenant bien des années. Le directeur du camp était le commodore, c'est-à-dire vice amiral, Philemon Quaye, président de la Ligue au Ghana. Après le camp, j'ai passé chez lui quelques jours et il m'a emmené un matin à son quartier général pour assister à l'étude biblique qu'il présidait chaque semaine. C'était sur le prologue de 'évangile de Jean. I l'a très bien expliqué, verset par verset et quand il est arrivé au verset 12: A tous ceux qui l'ont reçue, (la lumière qu'est le Christ) elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu il a arrêté sa lecture, s'est tourné vers tous les officiers de son état major et il leur a dit : Est-ce que vous êtes devenus des enfants de Dieu? Silence, puis il a continué à commenter le texte et a terminé l'étude. Je suis parti ému et émerveillé de cette étude biblique. Mais je n'étais pas au bout de mes surprises : le soir même, juste avant le repas, alors que le Commodore venait de rentrer de sa journée de travail, on sonne à la porte. Cétait un officier anglais de son état-major. Et j'ai assisté à une scène que je n'oublierai jamais: cet officier britannique a très vite dit ceci : Commodore, vous m'avez ému ce matin. J'ai toujours été un chrétien tiède qui ne s'intéressait que de loin aux choses spirituelles, mais vous avez dit ce matin qu' on peut devenir un enfant de Dieu. Dites-moi, que faut-il faire pour le devenir ? Et là, devant moi, j'ai assisté à un entretien très émouvant où, Bible en mains, cet officier noir., expliquait à un officier blanc, comment on peut devenir un enfant de Dieu en accueillant Jésus-Christ dans son cœur. Cette réalité d'une évangélisation à la foi témoignage personnel et enseignement biblique, explique aussi, je crois, ce double sentiment de l'apôtre Paul dont nous parlions au début. Cette joie débordante, et cet enthousiasme contagieux d'une part et en même temps ce chagrin et cette tristesse d'autre part : Qu'est-ce qui bouleverse et enthousiasme à ce point Paul pour qu'il écrive cet hymne à la joie de la fin du chapitre 8 des Romains ? Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. J'ail'assurance qu'aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu. Paul a découvert avec émerveillement ce qu'il ne soupçonnait même pas, mais au contraire le faisait réagir avec violence: l 'élection d'Israel n'est pas supprimée par la venue de Jésus, au contraire, elle est étendue à toutes les nations. C'est l'extension de la Grâce au monde entier. C est donc l'accomplissement des prophéties, c’est le triomphe total et définitif de Dieu, et Paul n’a pas de mots assez forts pour exprimer sa joie, sa reconnaissance et sa louange. Mais en même temps Paul pense aux siens restés dans ce légalisme étroit qui était le sien et qui n’ont pas compris l’extension merveilleuse du plan de Dieu à la création tout entière. Qui portent encore, comme lui les avait portés si longtemps des écailles et sont aveugles en ce qui concerne la grâce et l’amour de Dieu qui a donné son Fils afin que quiconque croit en Lui ait la vie éternelle. Comme dit l’apôtre Jean. Et cet aveuglement, cette incrédulité lui cause un chagrin tel, qu’il préfèrerait, même être exclu de la grâce, pourvu que le plan d’amour et de salut de Dieu s’accomplisse aussi pour son peuple. Là aussi, je crois, il y a un grand enseignement – et même un double enseignement – pour nous aujourd’hui. Comment comprenons-nous, comment réagissons-nous à la venue de Jésus, le Fils de Dieu, et à son œuvre de salut pour le monde ? A son amour pour tous les êtres humains, à sa mort sur la Croix, à sa Résurrection et à la promesse de son retour en gloire? Paul, lui, en est bouleversé et il ne peut supporter l’idée que certaines personnes soient aveugles ou endurcies au point de négliger un si grand salut comme dit l’épitre aux Hébreux (Héb.2.3). Paul serait même prêt à tout, y compris à être exclus de la grâce, pourvu que le plan d’amour de Dieu s’accomplisse. L’évangélisation pour lui, n’est pas une option parmi d’autres. II dit aux Corinthiens : la nécessité m’en est imposée, et il ajoute: Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile (1 Cor. 9. 16). Oui, face à l’amour de Dieu qui a envoyé son Fils pour moi, comment est-ce que je réagis ? Et en pensant à cet amour de Dieu pour tous les hommes, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, comment moi est-ce que j’aime mes semblables, mes contemporains, à commencer par mes voisins ? Là aussi Paul est prêt par amour pour son peuple, à être exclu de la grâce si cela pamener les siens à accueillir l’amour de Dieu. Je pense ici à une des figures les plus attachantes de la Réforme du 16 siècle: John Knox, 1’écossais, qui est une des 4 figures centrales du mur des Réformateurs à Genève. Son amour pour son Sauveur et pour son peuple était tel que sa prière à Dieu, qui était aussi son mot d’ordre était : Seigneur donne moi l’Ecosse où je meurs. Et malgré des difficultés inouies et l’opposition farouche de la reine d’Ecosse, Marie Stuart, il réussit à faire triompher la Parole de Dieu dans son pays. Si vous allez aujourd’hui à Edimbourg, on vous montrera la maison de John Knox qui reste une des figures de référence de l’Ecosse. Alors, je sais bien, tout le monde n’est pas John Knox et encore moins l’apôtre Paul, mais ce que je demande à Dieu pour moi – et pour chacun de nous – c’est que là où nous sommes, avec les dons qui sont les nôtres, nous puissions avoir ce même émerveillement devant l’amour infini et la grâce toute puissante de Dieu. Dans un monde troublé et en proie à une angoisse profonde puissions-nous avoir la même assurance que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ et que nous aussi puissions à notre tour, et avec nos mots, chanter comme Paul un hymne à la joie de se savoir dans les mains d’un Dieu d’amour qui nous ainme tels que nous sommes. Et je demande aussi à Dieu, pour moi et pour nous tous un amour renouvelé pour nos contemporains. Je ne sais pas s’il faut souhaiter un chagrin continuel comme ce que dit Paul devant l’indifférence ou même le refus de l’Evangile que nous voyons souvent autour de nous, mais comme l’apötre nous ne pouvons pas nous contenter de jouir de la communion avec le Seigneur et du salut qu’il nous accorde sans penser à tous ceuX, autour de nous, qui sont comme dit Paul aux Ephésiens sans espérance et sans Dieu dans le monde. (Eph. 2.12). Seigneur, renouvelle notre amour pour les hommes et les femmes que tu aimes et pour lesquels tu es venu dans le monde. Je crois que cette joie et cette tristesse concomitantes dont parle Paul dans ces chapitres 8 et 9 de Romains sont sources de vie pour nous et nos Eglises. En relisant récemment les Actes des Apôtres et les épitres j’ai été frappé tout à nouveau du dynamisme et de la croissance des premières communautés chrétiennes. Je crois qu’ une des rasons principales est précisément dans ce qu Paul décrit ici, sa joie profonde et contagieuse de connaître I’amour et la grâce de Dieu ainsi que la tristesse et le souci de voir les hommes et les femmes autour de lui si aveugles et sourds à ce que Dieu veut faire pour eux. Que Dieu nous donne à la fois cette joie contagieuse de l’assurance du salut et cette tristesse et ce souci face à l’indifférence autour de nous. Oui, que Dieu nous visite pour que, comme Paul le dit tout au début de sa lettre aux Romains, nous aussi nous n’ayons pas honte de l’Evangile, c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. Il y a enfin un ultime enseignement et non des moindres – dans ce passage; c’est le lien indissociable et indissoluble qui existe entre Israël et l’Eglise. Lien non pas politique bien sûr, mais spirituel et théologique. Paul va l’expliquer longuement dans les chapitres 9 à 11 de cette épitre aux Romains. Nous y reviendrons cet après-midi et demain. Nous qui étions comme un olivier sauvage, nous avons été greffé sur l’olivier naturel qu’est Israël. Nous n'avons pas à nous enorgueillir car, rappelle Paul, Ce n’est pas toi qui porte la racine, mais c’est la racine qui te porte. (Ro.11.18). C’est aussi pour ce peuple sur lequel nous avons été greffé que se porte notre prière. Amen

  • L’importance de la Croix

    Esaïe 53. 1-7; 1 Cor. 2.1-5 ; 1 Pi.2. 22-25. - Predication Que vous alliez à Sydney, Johannesburg, Séoul, Rio de Janeiro, Kinshasa ou...Lausanne, chaque fois que vous voyez une croix sur un bâtiment vous pouvez être sûrs que c’est un lieu de culte chrétien. Ce bâtiment peut être une magnifique cathédrale gothique, un monastère byzantin ou une simple salle dans un faubourg populaire, mais vous savez que des chrétiens se réunissent là. Ces fidèles peuvent être catholiques, réformés, orthodoxes, baptistes, coptes ou pentecôtistes, ils peuvent parler allemand, coréen, lingala, suédois ou russe, mais la croix est ce qui les identifie et les rassemble. Oui, malgré leurs différences, leurs particularités, leurs divisions et.. hélas, leurs conflits, toutes les églises reconnaissent la croix comme le signe caractéristique du christianisme. Il n’est pas inutile de rappeler cela en ce temps de la passion. Pourtant, à première vue, cette constatation est étonnante et même choquante. La croix était un instrument de torture et un signe de honte et d’infamie au 1 siècle de notre ère. Les Romains ne pouvaient oublier ce qui s’était passé en l’an 71 avant Jésus Christ lors de la révolte de Spartacus qui avait fait trembler Rome et où l’on avait crucifié 6000 esclaves. Quant aux Juifs et aux premiers chrétiens ils avaient encore en mémoire les horreurs de la prise de Jérusalem en l’an 70 où le futur empereur Titus avait fait crucifier tellement de gens que l’historien Flavius Josèphe a pu écrire: à peine pouvait-on suffire à faire des croix et trouver de la place pour les planter. Pourquoi donc choisir la croix comme emblème pour l’Evangile qui est un message de paix, d’amour, de pardon et d’unité ? Ce n’est pas pour rien que l’apôtre Paul dit aux corinthiens que la croix est une folie pour les paiens et un scandale pour les Juifs. (1 Cor. 1.23) Et on peut le comprendre :Que diriez-vous mesdames d’arborer autour du coup un bijou en or, représentant une guillotine ou une potence ? Or la croix était l’équivalent de cela au premier siècle. Et même bien pire encore ! Mais l’Eglise a très vite compris que dans ce drame de la croix – car la croix est réellement un drame – réside le cœur et le centre de l’Evangile. Et que ce drame est aussi une bonne nouvelle et une victoire car c’est là que nous pouvons comprendre qui est Dieu en vérité, pourquoi Jésus est venu sur la terre et pourquoi nous avons besoin de lui. C’est là aussi que nous pouvons comprendre qui nous sommes en réalité. La Croix nous révèle d’abord que Dieu est amour et que nous sommes vraiment aimés de lui. Même, comme dit l’apôtre Paul aux Ephésiens, aimés d’un amour qui surpasse toute connaissance (Eph.3.19). Comme Jésus lui-même l’a dit à ses disciples : Il n’y apas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. (Jean 15. 13). Cet amour a bouleversé l’apôtre et a changé sa vie. II sait que ce n’est pas un amour théorique et vague, mais un amour personnel et précis. II le dit aux Galates : Le Fils de Dieu m’a aimé et s ‘est livré lui-même pour moi. (Gal.3.20). Le Fils de Dieu m’a aimé. Paul sait qu’il a été un homme violent, qu’il a persécuté les premiers chrétiens et qu’il a du sang sur les mains. Il sait aussi qu’il a un caractère bien trempé et quil lui arrive de se disputer même avec ses meilleurs amis comme Barnabas. Il est même tellemnent convaincu d’être un homme pécheur qu’il s’estime être le premier d’entre eux ! (1 Tim. 1. 13). Et voici quil découvre que le Fils de Dieu qu’il a blasphémé et contre lequel il a combattu de toutes ses forces, l’aime lui, tel quil est ! cette première découverte bouleversante est suivie d’une seconde qui l’est encore davantage : le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même. Il a accepté la pire des humiliations et la plus grande des malédictions. Il ne s’est pas contenté de quitter la gloire du ciel pour s’incarner dans une chair semblable à la nộtre ce qui dejà était une incroyable preuve d’amour- mais il a été jusqu’ à accepter la mort. Librement. II le dit: personne ne m’ ôt e la vie, je la donne de moi-même (Jean 10.18). Et quelle mort ! La plus infamante de toutes : celle de la croix. Enfin l’émerveillement de l’apôtre est à son comble quand il réalise quil est, lui, l’objet de cet amour : Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Paul comprend que même s’il avait été seul au monde ou seul pécheur au milieu d’une humanité innocente, Jésus serait venu pour lui et la croix aurait été dressée pour son salut, car Dieu veut qu’aucune brebis ne se perde. Mais ce n’est pas seulement pour l’apôtre Paul que cette parole est vraie, elle l’est pour chacun de nous, Comme le dit t’épître aux Romains : Dieu prouve son amour envers nous : lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous. (Rom.5.8) . Pour chacun de nous. Qui que nous soyons. Quoi que nous ayons fait. Quel que soit notre passé. Y a-t-il une catégorie d’hommes ou de femmes dont Dieu dise : « pour eux ça ne vaut pas la peine d’envoyer mon Fils ? » Y a-t-il des personnes à qui Jésus dit: « je ne suis pas monté sur la croix pour vous? » Non, bien au contraire, et nous le savons bien, Jésus appelle chacun: Venez à moi, vous tous... Quand nous comprenons cela, nous comprenons aussi quelle est notre valeur aux yeux de Dieu. Vous voulez savoir quelle est votre valeur aux yeux de Dieu? Ecoutez l’apôtr Pierre: Vous avez été rachetés, non par de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ (1 Pi.2.19). C’est ce que I’histoire des deux billets racontés tout à l’heure voulait faire comprendre: Même si nous avons l’impression d’être comme un vieux billet, tout froissé, tout fripé ou tout sale, nous avons une valeur inestimable aux yeux de Dieu. Une telle valeur qu’il n’a pas hésité à envoyer son Fils bien-aimé mourir, pour nous. Quel amour, mon Dieu quel amour ! Y en a-t-il jamais eu de plus grand ? Mais la croix nous fait également comprendre, et tout aussi fortement, que Dieu est un Dieu saint. Et même trois fois saint comme dit l°Ecriture. Le péché et le mal lui sont insupportables, ils ne peuvent trouver place en sa présence: ses yex sont trop purs pour voir le mal dit le prophète Habaquq (1.13). La bonté de Dieu ne fait pas de lui un être indulgent et bonasse comme ses parents faibles qui laissent tout faire à leurs enfants sans jamais les reprendre. Pauvres parents que ceux-là. Et pauvres enfants aussi dont c’est le plus sûr moyen d’en faire des enfants frustrés, malheureux et parfois délinquants. Non, Dieu n’est pas ce « bon Dieu », indifférent au mal et qu’on peut manipuler à sa guise. II n’est pas ce dieu dont Voltaire disait : «il pardonne, c’est son métier ». Oui, il pardonne, mais le mal, mais le péché doit être expié, car Dieu est saint. Et c’est cela aussi que révèle la croix. On parle beaucoup de I’amour de Dieu aujourd’hui, mais parle-ton encore de sa sainteté. Parler de l’amour de Dieu sans parler aussi de sa sainteté ce n’est pas parler du Dieu de la Bible. L'Ecriture mentionne sa sainteté quasiment aussi souvent que son amour. Et c’est, je pense, une des raisons de la faiblesse de nos Eglises en occident que de parler de l’amour de Dieu sans parler de sa sainteté. Dans la Bible, l’amour de Dieu est toujours indissolublement lié à sa sainteté. Saint, saint, saint est le Seigneur disent les séraphins qui se tiennent au-dessus du trône de Dieu. Devant cette révélation, le prophète Esaie ne peut que s’écrier: malheurà moi, je suis perdu car je suis un homme dont les lèvres sont impures. (Esaie 6.5) Esaie se rend compte que devant cette sainteté il ne peut subsister tel qu’il est. Malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts pour s’améliorer, il reste un pécheur. Tout prophète qu’il est; Il a besoin d’un Sauveur. Et c’est ce qu’il entrevoit et même qu’il prophétise dans le fameux chapitre 53 que nous avons lu tout à l’heure et qui est une annonce de l’euvre de Jésus à la croix. : Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur Lui, et c’est par ses meurtrissures que nousommes guéris, que nous sommes sauvés. (Esaie 53.5). Oui, quelle admirable prophétie de la croix, d’autant plus admirable qu’elle a été donnée plusieurs centaines d’années avant la venue de Jésus. Car que s’est-il passé à Golgotha ? L’apôtre Pierre le dit : Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois (1 Pi.2.24). Encore une fois Dieu est saint. Ses yeux sont trop purs pour voir le mal. Son Royaume n’est pas un moulin dans lequel on entre n’importe comment. Dans une de ses paraboles dites précisément du Royaume Jésus précise bien que nul ne peut entrer dans la salle des noces avec un habit souillé (Mat.22. 11). Or, comme le dit encore Esaïe: toute notre justice est comne un vêtement souillé (Es.64.5). Comment avoir un vêtement propre, un vêtement lavé, un vêtement neuf qui nous permette d’entrer dans la salle des noces ? Oui, comment être lavé de nos souillures, pardonné de notre péché ? Qui sera assez juste pour satisfaire la justice et la sainteté de Dieu ? Il n’y a pas de juste, pas même un seul rappelle l’apôtre Paul en citant les psaumes 14 et 53. Comme le dit un théologien anglais : « le pardon est pour l’homme le plus impérieux des devoirs et pour Dieu le plus crucial des problèmes ». Et Dieu résout ce problème en prenant sur lui, en Jésus-Christ, le seul juste, le poids et la conséquence de nos fautes. « La croix est le seul endroit où le Dieu d’amour, de miséricorde et de compassion se révèle de telle manière que sa sainteté et son amnour nous apparaissent tous deux comm également infinis. » souligne John Stott. A la croix il y a eu un échange, Jésus, le seul juste, prend sur lui notre vêtement souillé et il nous donne Sa justice. C’est ce que les théologiens appellent la mort substitutive de Jésus. Il prend notre place et nous donne la sienne. Martin Luther l’a bien compris quand il dit cette parole souvent citée: « Jésus, tu es ma justice et je suis ton péché ». C’est le coeur du message de la Réforme. Ma justice ne vient pas de moi-même, de mes efforts, de mes euvres, car tout cela n’est qu’un vêtement souillé. Elle vient de Jésus, le seul juste, qui sur la croix a pris mon péché et m’a donné Sa justice. Comme le dit le refrain de ce merveilleux cantique : torrents d’amour et de grâce. Covert par ta justice, j ‘entrerai dans le saint lieu. Au chapitre 7 de 1’Apocalypse I’apôtre Jean raconte la vision qu’il a eu du Royaume de Dieu: II voit une grande foule de toute nation revêtus de robes blanches. Et il entend une voix qui lui dit: ce sont ceux qui ont lavé leurs robes et les ont lavées dans le sang de l’Agneau. C'est bien sûr, un rappel de Golgotha. Un peu plus loin, au chapitre 22 – et c’est la conclusion du livre, et même de toute la Bible – il nous est dit Heureux ceux qui lavent leurs robes afin d’avoir part à l’arbre de Vie. (Ap. 22. 14). C’est la dernière béatitude de la Bible. Il y en a beaucoup des béatitudes dans la Bible, tant dans l’A.T. que dans le N.T. et celle-là en est l’apogée et les résume toutes. Oui, grâce à la croix de Jésus où il prend mes fautes et me donne son pardon et sa justice j’ai accès à la salle des noces du Royaume de Dieu. C’est cela la Croix, elle transforme le drame en Victoire. Quand Saul de Tarse a compris cette vérité, ça a tellement changé sa vie que désormais ce fut le cœur de son message partout où il est allé: Quand je suis allé chez vous dit-il au Corinthiens, je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose gue Jésus-Christ, e Jésus-Christ crucifié. (1 Cor. 2.2) Et il conclut son épitre aux Galates par cette déclaration: loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésu Christ. (Gal. 6. 14.). N’est-ce pas ce message là que nous avons encore à annoncer aujourd’hui ? Tant de gens se sentent mal dans leur peau, tant de gens souffrent de problèmes d’identité et se sentent seuls, incompris inutiles semblables à un billet tout froissé, comme on le disait au début, la croix vient leur dire : mais non tu as de la valeur. Tellement de valeur que Jésus est venu pour toi aussi. A la croix cet échange est aussi pour toi. Il prend ta misère, tes complexes, tes fautes et il te donne sa justice. Accueille-le. Alors, toi aussi tu peux dire: c ouvert par ta justice j’entrerai dans le saint lieu. Amen

  • Les Trois résurrections du Nouveau Testament

    Marc.5.35-43; Luc 7.11-17; Jean 11. 38-44 Parmi tous les miracles et toutes les guérisons que Jésus a opérées durant son ministère, les évangiles nous rapportent trois résurresctions. Peut-être en a-t-il opéré davantage, nous ne le savons pas, mais ces trois résurrections dont nous avons lu les récits tout à l’heure résument à elles seules quelle est notre condition de vant Dieu et ce que Jésus est venu accomplir. Et en ce dimanche qui suit le dimanche de Pâques, il est bon de rappeler ces choses, car la résurrection de Jésus nous rappelle que c’est une vraie résurrection qu’il veut opérer dans nos vies. Dès ici-bas. En attendant le jour glorieux de la résurrection définitive. A première vue il y a une grande différence entre ces trois résurrextions mentionnées dans les évangiles. La fille de Jairus vient de rendre le dernier soupir. Ses joues sont encore toutes roses et son corps encore chaud. Si vous étiez entrés dans la chambre à ce moment-là, vous ne Vous seriez pas rendu compte que cette fillette était décédée. Il semble qu’elle dort. Paisiblement. Sa mère lui tient la main et la couvre de baisers. Le père est aussi là, près de son lit et prie peut-être en silence. Tout est calme dans la chambre, comme quand on veille un malade qu’on ne veut pas réveiller. La vie semble être encore là. Pour le jeune-homme de la ville de Nain, c’est déjà bien différent. Son aspect a changé. Le corps est rigide et froid. La marque de la mort est venue sur lui. Plus personne ne le touche.II n’est plus dans son lit, mais il est enfermé dans un cercueil. Ou plutôt enveloppé d’un linceul sur un brancard, selon la coutume de l’époque. Un long cortège l’accompagne au cimetière. Toute la ville, non seulement est au courant, mais participe au deuil de cette pauvre mère privée de son seul soutien. Quant à Lazare, je ne saurais le décrire, sinon par ces deux précisions que nous donne le texte : il est dans le tombeau qui a été fermé, et il sent déjà ! Oui, il y a une grande différence entre ces trois situations. Et pourtant... Lazare n’est pas plus mort que le jeune homme de Nain ou que la fille de Jalrus ! Et cette jeune-fille qui repose encore dans son lit, n’est pas moins morte que les autres ! Il ya une grande différence quant à la manifestation de la mort qui est plus visible, plus lugubre, plus terrible che Lazare. Mais il n’y a pas de différence quant à la mort elle même. Ce qui est vrai ici de la vie physique l’est aussi – et tout autant – de la vie spirituelle. Toute la Bible nous I’enseigne. II peut y avoir de grandes différences spirituelles ou morales entre les hommes, mais si la vie de Jésus n’est pas en nous, nous demeurons dans la mort., car c’est Lui qui est la Vie. Je suis la résurrection et la Vie dit-il devant le tombeau de Lazare. E I’apôtre Jean insiste : « Celui qui a le Fils a le vie, celui qui n’a pas le Fils, n’a pas la Vie. ». (1 Jean 5.12). Quant à l’apôtre Paul il écrit aux Ephésiens : » vous étiez morts par vos offenses..nous tous aussi nous étions de leur nombre. (Eph.2. 1-2) On pourrait multiplier les citations bibliques. Oui, la Vie, la vraie, celle qui ne s’arrête pas à 70 ou 80 ans, mais qui demeure en éternité c’est Jésus qui la donne et il en donne aussi le chemin. : Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Oh ! parfois – Faut-il dire souvent ? – on ne s’en rend pas compte. On a tous les aspects de la vie. Comme la fille de Jatrus. On est brave, et honnête, on est bon et beau On est jeune. On leur donnerait le Bon Dieu sans confession comme on dit. On n’a ni tué, ni volé comme on dit encore. On est en bons termes avec les voisins, on est serviable et généreux. Tout le monde reconnaît qu’on est quelqu’un de bien, et ils seraient même prêts à en témoigner Comme la fille de Jatrus, on a toutes les apparences de la vie. Mais la vie qui est en Jésus ressuscité l’avons-nous ? «Tu as le bruit de vivre » dit le Christ ressuscité à l’Eglise de Sardes, « mais tu es mort » ! Pour d’autres, la froiseur de la mort se fait déjà sentir...Oh ! là non plus, on n’a ni tué ni volé, le casier judiciaire de l’état civil est vierge, mais on a endurci son coeur, on s’est montré dur, rebelle, parfois cynique et insensible devant la souffrance des autres. C’est vrai, on a gardé certaines valeurs morales, on y tient même; mais comme me le disait un ancien ami des groupes bibliques à qui je demandais comment il avait évolué spirituellement, il m’a répondu dans un sourire condescendant :. Au revoir msieurs, dames ! Et. Les refus réitérés nous ont rendus raides comme la mort. On est comme le jeune-homme de Natn : froid et raide ! Pour d’autres enfin, leur vie complètement déréglée, leur immoralité affichée et leurs blasphèmes retentissants disent assez qu’ils sont déjà dans le tombeau.. Leurs anciens amis pleurent sur leur vie gâchée dont la mauvaise odeur fait fuir les bonnes gens... Mais que nous soyons encore dans notre lit, le corps tout chaud et le teint rose comme la fille de Jaïrus, ou déjà dans le cercueil en train d’être conduit au cimetière comme le jeune homme de Naïn, ou déjà dans le tombeau comme Lazare, nous avons tous besoin de la vie de Jésus.. Nous n’avons pas la vie en nous-mêmes, c’est Lui qui est la Vie. » Je suis la Résurrection et la Vie. », La première chose que ces trois résurrections mentionnées dans les évangiles nous disent, c’est que nous tous, tant que nous sommes, nous avons tous besoin de la vie de Jésus Mais – et c’est la deuxième chos e – que ces textes nous disent : Jésus a la puissance de donner la vie à chacun. Chaque fois c’est lui qui prend I’initiative. Pour la jeune fille, il s’approche tranquillement, lui prend la main et lui dit avec douceur : «jeune-fille, leve-toi , je te le dis » Cela se pasSe tout simplement, tout paisiblement, presque en famille, il n’y a là que les parents et quelques disciples. Pour le jeune-homme de Naln c’est déjà plus solennel. Jésus arrête le cortège funèbre. Le texte nous dit que Jésus est ému de compassion. Il parle d’abord à la mère car il comprend sa souffrance et lui dit: femme ne pleure pas. Puis il s’approche du linceul et le touche. On sent que le combat contre la puissance de la mort est plus rude, plus solennel. Et c’est alors que Jésus dit : « jeune-homme, je te le dis, lève-toi ». Et le mort s’assit et se mit àparler précise Luc Avec Lazare, c’est carrément dramatique. D’abord Jésus pleure devant la situation. Puis il prie, car il sent que le combat avec la mort est redoutable. Ensuite, nous dit le texte, Jésus frémit au dedans de lui, puis il crie, et même il crie d’une voix forte, car le combat est rude, la résistance est forte. Il crie : Lasare sors ; Et le mort sortit. Pour la fille de Jatrus il suffit d’un murmure : jeune fille, lève-toi. Pour le jeune homme de Nain, il faut arrêter la foule et parler à voix haute. Et pour Lazare, quand l’oeuvre de la mort semble toute puissante, il faut crier. Mais à tous Jésus donne la vie. Quelle que soit la situation. Quel que soit I’état de chacun. La mort qu’elle soit physique ou spirituelle, n’a jamais le dernier avec lui, comme Pâques nous le rappelle. Dans la Bible, notamment dans le livre des Actes de Ap ô tres, comme dans la suite de l‘histoire de 1’Eglise, nous voyons des situations semblables : Pou Lydie, par exemple marchande de pourpre et première convertie en Europe, femme craignant Dieu qui se rendait au bord d’une rivière pour prier, près de la ville de Philippes en Macédoine. Elle y rencontre l’apôtre Paul et l’écoute attentivement parler de la grâce de Dieu il nous est dit simplement : le Seigneur lui ouvrit le coeur. Sa conversion s’est passée d’une manière toute simple et toute paisible ; elle s’est ouverte à la grâce de Dieu comme une fleur qui s`épanouit. Tout simplement, comme pour la fille de Jaírus. Pour Saul de Tarse, par contre, qui respirait la menace et le meurtre et qui avait dans son coeur des projets criminels, Dieu doit employer les grands moyens: il tombe par terre, devient aveugle. C’est comme la voix forte devant le tombeau de Lazare. Mais à tous, Jésus veut et peut – apporter la vie personne ne peut prétendre: Je n’en ai pas besoin. J’ai tous les aspects de la vie. Bonne réputation, honnêteté et même convictions religieuses.ça suffit largement. Qu’est-ce que vous voulez de plus ? Mais personne non plus ne peut dire : je suis trop bas tombé, je suis trop misérable et trop pécheur, il n’y a plus d’espoir pour moi. Non à tous ceux qui ont encore l’aspect de la vie comme à tous ceux qui sont déjà dans le tombeau Jésus dit : Lève-toi ! Sors ! Je suis la Résurrection et la vie. Oui, si ces trois résurrections nous disent d’abord que nul être humain n’a la vie de Dieu en lui-même, elles nous disent aussi que Jésus veut la donner à tous. Quels qu’ils soient. Mais ces trois résurrections nous disent encore une troisième vérité : Quand Jésus donne la vie, il donne aussi une mission. Après avoir dit à la fille de Jatrus : jeune-fille, lève-toi, je te le dis il demande ensuite qu’on lui donne à manger. Si Jésus ressuscite cette jeune-fille, c’est pour qu’elle vive et qu’elle grandisse ( Marc nous dit qu’elle avait 12 ans). Pour cela il faut qu’ elle se nourrisse. Voyez comme Jésus est aussi humain proche des problèmes des gens. Il ne faut pas que l’enthousiasme et l’effervescence du moment fassent oublier les besoins humains les plus fondamentaux. Quand Jésus vient et nous donne la vie, il nous demande aussi de nous nourrir de sa parole de Vie. Car qu’est-ce que la Bible sinon la Parole qui nourrit, entretient et developpe la vie. Et c’est le rôle de 1’Eglise de donner à ceux qui se tournent ver Jésus, aux catéchumènes qui étaient là le jour des Rameaux par exemple, et à tant d’autres, la parole de Dieu. D’où le souci de commencer l’automne prochain un nouveau cours Alpha ...Se nourrir du Christ, de sa Parole, c’est ce qui entretient la vie et c’est ce que Jésus rappelle aux témoins de la résurrection de cette jeune-fille. Pour le jeune homme de Nain, il nous est dit que Jésus le rendit à sa mère. Là aussi nous voyons à quel point Jésus est humain. Cette mère nous dit Luc était veuve et ce fils était son seul soutien. Que serait-elle devenue sans l’intervention d Jésus ? Il n’y avait pas d’AVS à l’époque. Jésus pressent que cette femme a besoin de son fils. Là encore il n’oublie pas les besoins, les soucis, les problèmes des gens. Mais il veut aussi nous dire autre chose : Nul n’est chrétien tout seul. Si Jésus nous donne la vie, c’est pour que nous la partagions avec d’autres. Etre chrétien c’est faire partie d’un peuple, d’un Eglise. Un chrétien solitaire est toujours en danger. Nous avons tous besoin de communion fraternelle. C’est d’ailleurs une des 4 persévérances des chrétiens de l’Eglise primitive : ils perévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières nous dit Actes 2.42. Si Jésus nous rend à la vie, il nous rend aussi à l’Eglise Même si elle n’est pas parfaite. Elle a besoin de nous. Et nous d’elle. Enfin, pour Lazare, Jésus dit : déliez-le et laissez-le aller. Jésus ne dit pas cela à la jeune fille de Jaïrus qui est encore dans son lit, ni même au jeune homme de Naïn, mais il le dit à celui qui est dans le tombeau Quand on a eu une vie déréglée et que le péché nous a complètement envahi, il faut souvent, avec la vie retrouvée, une vraie délivrance. Combien de gens, esclaves de la drogue, de l’alcool, de la pornographie ou d’autres dépendances ont besoin non seulement de la vie d Jésus, mais aussi d’une profonde libération des liens qui les tiennent. Et Jésus dit ensuite :Laissez-le aller . Lui aussi a une mission. Et quelle mission : dire aux autres ce que Jésus a fait dans sa vie. Comment il lui a rendu non seulement la vie, mais aussi la liberté, Oui, aujourd’ hui, premier dimanche après Pâques, Jésus ressuscité veut donner à tous la vie. Sa Vie. Son éternité, Car tous en ont besoin. Et à tous également il veut donner une vocation. Une triple vocation même.. Nous nourrir de la Parole de Dieu Cultiver la communion fraternelle Témoigner de l’amour et de la puissance de Jésus A tous il nous dit. – A certains tout doucement, et à d’autres un peu plus fort : Lève-toi, je te le dis . Et peut-être, à d’ autres encore, et nous en connaissons peut-être, il crie :Lazare Sors ! Mais à tous il donne la Vie

  • Quand Jésus pleure et se met en colère.

    Matt.20. 17-28 : Matt.21. 18-22 La semaine sainte, c’est-à-dire la semaine qui va du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques est la semaine la plus importante du Nouveau Testament. Chacun des 4 évangiles lui consacrent beaucoup plus de place que pour tout le reste de la vie et du ministère de Jésus. Environ un sixième pour Matthieu Marc et Luc. Quant à Jean c’est presque la moitié soit les chapitres 12 à 21. Et dans cette dernière semaine les quelques heures qui vont du jeudi soir au vendredi après-midi prennent la place capitale dans chacun des évangiles. En relisant ces récits de la semaine sainte pour préparer le message de ce matin, j’ai été tout à nouveau particulièrement frappé et ému, non seulement par l’importance de ces chapitres, mais aussi par leur actualité. Cette semaine commence d’une manière merveilleuse par le dimanche des Rameaux: Jésus est acclamé par une foule nombreuse et enthousiaste Matthieu nous dit (19,7-10) : Lorsqu ‘il entra à Jérusalem, toute la ville fut émue, et l’on disait : qui est celui-ci ? La foule répondait : C’est Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée. Et elle criait en brandissant des brançhes de palmier : Hosana (c’est-à-dire. Sauve donc ) dans les lieux très hauts , Et beaucoup étendirent leurs vêtements sur le chemin comme on le faisait pour un roi! Et comment Jésus réagit-il à cet accueil triomphal ? C’est d’autant plus impressionnant qu’on est à la veille de la grande fète de la påque juive, la plus importante de l’année et où de grandes foules se rassemblent à Jérusalem ? Il pleure. L’évangile de Luc nous dit: Comme il approchait de la ville, Jésus pleura sur elle (Luc 19.41). Les évangiles ne mentionnent que deux situations où Jésus a pleuré: la première lors de la mort de Lazare et ici le jour des Rameaux. On peut comprendre, bien sûr, quil ait pleuré devant le tombeau de son ami Lazare, mais pourquoi le jour des Rameaux où la population l’accueille avec joie et enthousiasme comme un prophète et même un roi ? Mais cen’est pas tout – autre étonnement- quand Jésus entre dans le temple, et qu’il voit tous ces vendeurs de beufs, de brebis et de pigeons pour es sacrifices, ainsi qu’une foule de changeurs d’argent, ce qui donne au temple une allure de grand souk, il est saisi d’une grande colère et à grands coups de fouet, comme dit l’Evangile de Jean (Jean 2.13 et ss.) il renverse les tables, chasse les vendeurs et s’oppose avec force aux principaux sacrificateurs et aux scribes auxquels il dit: Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. (Mat. 21. 12-16) On a de la peine à imaginer Jésus un fouet à la main ! mais le lendemain matin, c’est peut-être encore plus étonnant ; en retournant à Jérusalem, après avoir passé la nuit à Béthanie avec ses disciples, il aperçoit au bord de la route un figuier. Comme il a faim il s’approche de cet arbre pour cueillir une figue et la manger. Mais, surprise, ce figuier n’en porte aucune. Certes il a beaucoup de feuilles, mais aucun fruit ! La déception et la colère que Jésus a manifesté la veille se réveillent alors, et, furieux, il maudit ce figuier et lui ordonne de ne jamais plus porter des fruits. Et à l’instant même ce figuier sécha. Cet épisode étonna les disciples raconte l’évangile de Matthieu (21, 18 à 22). On le serait à moins ! C’est une attitude tellement étonnante de la part de Jésus. Que voulait-il dire par ces trois épisodes successifs en l’espace de deux jours: Les larmes le jour des Rameaux alors que toute la ville l’acclame, les vendeurs chassés du temple à coup de fouet, et la malédiction du figuier stérile ? Pourquoi une telle tristesse et une telle sévérité chez celui qui est l’amour incarné ? C’est que Jésus discerne très vite que dans cette foule enthousiaste qui agite des palmes, comme chez ces marchands du temple qui vendent des animaux pour les sacrifices tout en ayant bien soin d’avoir des bénéfices confortables il y a plus de religiosité que de foi vivante. De même chez les chefs religieux qui lui posent des questions pièges, il y a davantage de formalisme que de piété réelle. Et Jésus ne supporte pas cette religion superficielle et sociologique fondée essentiellement sur des rites, des traditions ancestrales, des pratiques qui ne nous changent pas et n’offrent aucune réelle communion avec notre Créateur. C’est pour Jésus une des erreurs les plus graves, une des tentations les plus redoutables. C’est une parodie de spiritualité qui, encore une fois, ne change rien à notre manière de vivre. C’est même une hypocrisie car la foi doit toujours porter des fruits. Déjà Jean-Baptiste l’avait proclamé: Produisez donc du fruit digne de la repentance (Mat.3.8) Et dès le début de son ministère Jésus a rendu ses disciples attentifs à la nécessité de porter du fruit. C’est à cela qu’on reconnait un vrai disciple C’est d’ailleurs la conclusion du sermon sur la montagne (Matthieu 7. 15-23 ). Cette tentation de mélanger religion et bénéfice personnel n’a pas disparu. Même les disciples ont été contaminés. Un des épisodes qui m’a le plus bouleversé en relisant ces textes de la semaine sainte est la requête de la mère des fils de Zébédée qui demande à Jésus juste avant les Rameaux : que mes deux fils soient assis dans ton royaume, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche. (Matt. 20.2i-22) Jésus lui répond: Vous ne savez ce que vous demandez. On le comprend. Quelques jours plus tard, Cette mère attentionnée qui pressentait que Jésus allait être glorifié et qui voulait que ses eux fils en profitent, d’où sa demande à Jésus, sera présente à la crucifixion. L’évangile de Matthieu nous dit qu’avec d’autres femmes elle regardait de loin. (Mat.27. 56) Mais quel choc elle a dû avoir, elle a vu à la droite et à la gauche d Jésus, comme elle le lui avait demandé, deux hommes, mais 2 brigands. Et Jésus non pas glorifié mais crucifié entre les deux !.. A-t-elle compris ? Je ne sais pas, le texte ne le dit pas, mais ses fils, c’est-à -dire les apôtres Jean et Jacques certainement. Is ont compris qu’ils avaient, eux aussi, comme tout être humain, comme les brigands besoin du pardon de Jésus. C’est Jean qui écrit dans sa première épître : le sang de Jésus nous purifie de tout péché. (1 Jean 1.7) IIs ont compris quêtre à la droite et à la gauche de Jésus dans le royaume de Dieu, c’est se reconnaître pécheur et accueillir le pardon quil nous a acquis à la Croix, car c’est là qu’il a pris sur lui notre péché. Que l’on soit disciple ou brigand, nous avons tous besoin, de la grâce de Jésus. C’est ce que le pharisie Saul de Tarse a compris quand il écrit J’ai été crucifié avec Christ (Gal.2.20) c’est là qu’il s’est reconnu le premier des pécheurs (1Tim.1.15) et qu’il est devenu l’apôtre Paul. C’est ce que Pierre, lui aussi, a enfin compris lorsqu’il a pleuré amèrement, lors de son reniement, lui qui n’hésitait pas à reprendre Jésus quand il parlait de la nécessité de la croix (Mat. 16.22). C’est ce même Pierre qui dira : Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois (1 Pi. 2.24). Et quand il écrit cela je pense quil avait probablement à l’esprit sa honte et ses larmes amères lors de son reniement. Mais aussi et surtout la joie e I’assurance du pardon que le Christ ressuscité lui a accordé quan Il lui a dit: Pierre m’aimes-tu ? Puis Fais paître mes brebis. (Jean 21. 17) Oui, c’est une bonne nouvelle. C?est même LA bonne nouvelle comme dit ce cantique qu’on ne chante plus guère aujourd’ hui hélas : Le salut pour tous, le salut par gráce A tous est offert à tous est donné Oui, le salut est pour tous, pour Paul, le pharisien fanatique et persécuteur, pour Pierre le fanfaron et le renégat, comme pour tous les autres disciples qui ont fui lâchement quand on est venu arrêter Jésus. Mais il est aussi pour les étrangers, les ennemis, les paiens comme le brigand sur la croix ou le centenier, cet officier romain et paien, bouleversé par l’attitude de Jésus en croix et qui s’écrie: Assurément cet homme était fils de Dieu. (Mat. 27. 54) Oui, Jésus ne veut pas d’une religion superficielle et formaliste, faite uniquement de rites et de formules qu’on répète, mais qui ne changent rien dans nos vies. Il ne veut pas non plus d’une fois uniquement intellectuelle. Il est même très sévère pour ceux qui en restent là. Mais aujourd’ hui comme autrefois il vient pour sauver les pécheurs que nous sommes tous et il nous redit: Venez à moi, vous TOUS qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai le repos. C’est ce que nous avons entendu tous ces dimanches où nous avons étudié les 6 Je suis prononcé par Jésus : Je suis la lumière du monde Je suis le chemin, la Vérité et la Vie Je suis le bon berger Je suis la porte des brebis Alors à nous aussi, comme aux disciples d’autrefois, Jésus nous dit: Allez faites de toutes les nations des disciples. Allez dire autour de vous, oui ! Jésus est la lumière dans ce monde de ténèbres Oui. Il est la Vérité dans ce monde de Fake news Oui, il est le chemin dans ce monde égaré Et pour cela il n’est pas besoin d’avoir la parole facile ou d'être un savant, mais il faut être en communion avec Jésus. Le brigand sur la croix n’avait certainement pas eu une très grande instruction religieuse, mais il a été témoin de I’attitude de Jésus quand on l’insultait, qu’on se moquait de lui, qu’on lui crachait au visage, et qu’on mettait sur sa tête une couronne d’épines, et il a entendu la réaction de Jésus quand on le clouait sur la croix: Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce gu’ils font. Ça l’a bouleversé et il s’est adressé humblement Jésus qui lui donné cette réponse extraordinaire: aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. (Luc 23. 43). Et l’officier romain ainsi que ses soldats n’avaient certainement pas écouté beaucoup de sermons bibliques auparavant, mais ce qu’ils ont vu et entendu à Golgotha les a issi profondément marqués dit l’évangile de Matthieu. Et ensemble ils confessent: assurément cet homme était fils d Dieu. (Mat.27. 54) Témoigner de Jésus, ce n’est pas forcément dire beaucoup de paroles, mais c’est être dans sa vie et son comportement un disciple qui est un peu le reflet de Lui. Le meilleur témoignage qque nous puissions rendre à notre société déchristianisée, c’est que nos voisins ou nos connaissances puissent dire en eux mêmes : Cet homme ou cette femme n’est certes pas parfait, mais il y a dans sa vie comme un reflet de Jésus. Et cela nous interpelle et me donne envie de connaître ce Jésus. Je pense à ces quelques grecs dont nous parle l’évangile de Jean au chapitre 12. Que connaissaient-ils vraiment de Jésus ? peu de choses assurément car ils étaient d’origine paienne, mais ils viennent trouver Philippe de Bethsaida en Galilée qui était un des 12 disciples de Jésus et lui demandent avec insistance précise 1’évangile de Jean : Nous voudrions voir Jésus. (Jean 12. 21). N’est-ce pas le meilleur témoignage que nous puissions donner : avoir une attitude et des paroles qui donnent envie de voir Jésus ? Que Dieu nous visite tous pour faire de nous ces témoins là. Amen

  • La Réhabilation de Pièrre

    Luc 5,1-7; Jean 21. 1-19. L’expérience que Perre fait ici avec Jésus est certainement une des plus fondamentales qui soient. Elle concerne Pierre, bien sûn, mais aussi chacun de nous. Elle est même tellement importante que Jean n’hés ite pas à rajouter un chapitre à son évangile après en avoir pourtant donné la conclusion, ainsi que le tut. Juste avant le récit que nous avons lu, Jean écrit – et c’es: la conclusion de son Evangile – Ces choses on: été écrites afin que vous croy iez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. Quelle belle conclus ion ! Que rajouter à cela ? Tout est dit. Et pourtant Jean rajoute encore ces versets. C’est comme si après avor terminé son ouvTrage et son témoignage il se disait : Mais il y a encore urie chose qu’il faut absolument que je transmette, qui est d’une importalice capitale. Et c’est ce chapitre que nous avons lu. Si Jean souligne ainsi zet épisode c’est, je pense, parce que Pierre est ici le frère ce beaucoup d’hommes et de femmes. Son expérience est souvent la nộtre. Dans uelle situation Pierre se trouvait-il en ce moment ? Comment se sentait-il? Quels étaient ses sentiments ? Tout nous laisse penser qu’il était un homne découragé, triste, abattu et même prêt à tout abandonner Certes, il a vu le Christ ressuscité, il a été au tombeau. IIa vu qu’il était vide Il a été dans la chambre haute et il a entendu l Christ ressuscité dire la paix soit avec vous. Et sa joie a été grande. Mais d’un autre côté sa tristesse, et surtout son remords d’avoir renié, ont été d’autarit plus douloureux. Car si Jésus n’était pas ressuscité cela aurait sinon justifié, du moins expliqué son reniement : il avait été trompé dans ses espérances. Il était tellement sûr que Jésus allait triompher de ses ennemis et établir son royaume, et voilà que tout son espor, toute son assurance s’est effondrée à Golgotha! Mais avec la Résurrection son ren ement devient injustifiable. Il a renié celui qui est la Vérité, velui qui est la Vie, celui que la mort même n’a pu retenir. EI Pierre, bourrelé de remnords, ne sachant que fare ni où aller, retourne en Glilée. Au bord du lac où il a grandi et où il a fait son apprentissage de pêcheur. Il erre comme une âme en peine dans ces Ieux qu’il conr ait bien et qu’il a parcouru tant de fois avec Jésus. Il repense à ces trois belles arnées qu’il a vécues avec le Maître. A cette formidable espérance qui l’animait... Mais maintenant...c’est toute sa nostalgie, son désarroi, son remords aussi qui s’expriment dans ces mots : Je vais pêcher. Autrement dit : je reprends mon anc ien métier. Je ne suis plus digne d’être un disciple. Je suis disqualifié. Je rends les plaques et je retourne à nion ancienne vie. J’ai vécu tris belles années, mais je ne peux pas continuer. Je n’en suis pas digne...Et son découragement est contagieux, les autres disciples qui sont avec lui er qui partagent certainement ses sentiments car eux aussi ont tɔus abandonné Jésus au moment de son arrestation disent en choeur : Nous allons aussi avec toi. Cest impressionnant de voir que la résurrection de Jésus dont ils ont eté les témoins, loin de les transporter dans l’enthousiasme et la victoire:, leur révèle au contraire leur pauvreté, leur echec, et leur indignité. Et voici que c ette nuit-là, ils ne prirent rien comme dit notre texte. Même leur ancien métier est un échec. Total. j’imagine la tristesse, l’angoisse et le désespoir de ces disciples, pêcheurs professicnnels pourtant, qui reviennent bredouilles au petit matin. Et c’est là, dans son désespoir, son renords, sa honte et son sentiment d’échec, dans sa tristesse et dans ses larmes, alors qu’il est tout au fond du trou, que Jésus rejoint Pierre. Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage. Nous dit le texte. Et c’est là aussi que Jésus vient nous rejoindre. Quand nous aussi nous sommes dans l’angoisse ou les larmes, quand nous nous croyons disqualifiés, quand tel souvenir nous hante et que le remor ds nous habite, Jésus vient aussi nous rejoindre. Il est là, au petit matin. Et il est là ce matin, pour chacun de nous. Et conment fait-il pour rejoindre Pierre, dans les profondeurs de son être ? Pour non seulemen: le guérir, mais le réhabiliter ? Oh! Jésus ne fait aucun reproche à son disciple découragé. Mais Il ne l’épargne pas non plus; il va mettre le doigt sur son probème et son péché. Mais il va le faire avec un tel tact, une telle délicatesse, line telle doucer et un tel amour que Pierre pourra repartir la tête haute, sachant quil est vraiment pardonné Jésus va faire revivre à son ap ô tre 4 instants décisifs de sa vie. Tout d’ abord son appel C’était trois années auparavant. C’était aussi au bord du lac. Aussi après une nuit où la pêche avait été intuctueuse et ou il était rentré bredouille et humilié. Jésus lui avait dit alors: avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pecher. Et ils avaient pris urne telle quantits de poissons que l’évangile de Luc précise qu leur barque enfonçait. Et c’est à cette occasi on que Jésus lui avait dit cette phrase qui avait changé sa vie : désormais tu seras pecheur d’hommes. Et là sur le rivage, au petit matir, en refaisant le miracle de la pēche miraculeuse Jésus, au fond dit à Pierre. : Tu te rappelles, quand je t’ai appelé, il y a trois ans, quanc je t’ai dit que tu deviendrais p³cheur d’homries et que je i’ai appelé à me suivre, je me suis engagé moi aussi envers to1. Oui, tu m’as renié, j’en suis témoin Mais mon appel demeure, mes promesses aussi demeurent. Je ne t’abandorne pas. Mon appel reste. Tu es tombé, certes. Gravement. Mais j’ai vu aussi tes larmes quand le coq a chanté. Je connais ton repentir et je suis là pour te pardonner et pour te relever. Pierre se revoit 3 ans en arrière. Il entend encore ce que Jésus lui avait dit alors et à quoi il a souvent pensé depuis. Surtout ces derniers temps. Et il est tout bouleversé. Quoi? Est-ce possible ? Est-ce psossible que je ne sois pas disqualifié ? Est-ce possible que Jésus ne me rejette pas ? Il est même telleme: 1t bouleversé que son esprit se brouille et ue ses yeux se rernplissent de larmes et il faut que Jean lui soulle à l’oreille : C’est le Seigneur. (v.7). Alors, n’y tenant plus, il se rhabille à toute vitesse et se jette à l’eau pour rejoindre son Seigneur. Sans même se préoccuper de terminer la pêche. Mais en arrivant sur le rivage, il reçoit comme un choc. Un brasier est allumé. Il fait encore sombre, le journ’est pas encore tout-à-fait levé, et Pierre ne peut pas ne pas penser å cet autre brasier, dans la cour du souverain sacrificateur à Jérusalem où il se chauffait quelques semaines auparavant un certain vendredi matin très tôt et où, tout en se réchauffant, il avait par trois fois renié son maître. Il youdrait tellement chasser ce souvenir. Oublier ses paroles qu’il avait dites auprès de ce brasier et dont il a tellement honte et qui lui ont ait verser depuis tant de larmes. De larmes amères comme dit le texte biblique. Et voilà qu’elles lui reviennent à la mémoire, plus violentes que jamais. Et entre Jésus et lui il y a ce brasier du reniement qui lui remémor: plus que jama is son péché. Mais Jésus ne dit rien. Pas un mot pour rappeler cet évènement. Il e laisse seul avec ses souvenirs, son remords et sa honte, Poutant, si. Jésus dit deux mots. Deux mots que Pierre a déjà eitendus, un certain soir, dans la chambre haute : Venez, mangez. C’est comme si Jésus lui disait : Pierre, oui, tu m’as renié. C’est Vrai. Oui, ce brasier te rappelle ta faute et tu as mal, mais te rappelles-tu ce que je vous ai dit quand j’ai institué la Cère dans la charnbre haute : Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Te rappelles-tu ce que je vous ai dit quand je vous ai présenté la coupe: Ceci est mon sang qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. Là je vous ai donné le signe, le gage, la preuve de ma grâce et de mon pardon. Fierre, souviens-toi de la Cène dans la chambre haute. Oui, tu m’as renié, et ton reniement est grave. Mais plus réel encore que ta faute est ma grâce, plus grand encore que ton péché est mon pardon. Toi qui ne voulais pas que I’aille à la croix, comprends-tu maintenant ? C est là que j’ai porté, que j’ai expié tout ce qui te tourmente et te pèse. Pierre, comprends-tu maintenant ce que j’ai dit autrefois à Capernaüm : mon corps est vraiment une nourriture, mon scng est vraiment un breuvage. A la Croix j’ai porté ta faute, mon sang purifie de tout péché. Tu peux recevoir Ine vie nouvell. C’est alors, mais alors seulement que Jésus lui pose la grande question : M’aimes-tu? Autrement cit, regarde à mon amour, à mon pardon. Cesse de ne penser qu’à ta faute, arrête de croire que tout est perdu et que ton seul avenir est de retourner à ta vied’avant. Arrste de ruminer tes erreurs et de te croire disqualilié. Regarde non plus en arrière, età ce que tu as fait, mais regarde à moi, à ma grâce, à mon amour. Pierre, je t’aime et je te le prouve ce matin. Regarde à ce que je veux faire pour toi et avec toi. Pierre, m’aimes-tu? Alors, bien sûr Pierre répond : « Oui Seigneur, tu sais que je t’aime » Mais Jésus insiste. Il pose la question une deuxième fois, puis une troisieme fois. Pierre alors, nous dit le texte est attristé car il comprend que ces irois questions se rapportent à ses trois reniements. Mais il comprend aussi que Jesus pose ces trois questions pour effacer ses trois reniemerits. Et Pierre, entin voit sa vie en face, son échec, sa faute, son reniement. Toutes ses illusions sur lui-même tombent. Mais il voit aussi et surtout la grâce de Jésus, le pardon de Jésus, la vie nouvelle de Jésus et il répond: Tu sais, toutes choses, tu sais que je t’aime. Tu sais qui je suis, tu me connais jusqu ‘ai fond de moi-même. Tu sais que je ne suis pas digne de délier la courroie de tes chaussures, comme le disait Jean-Baptiste; que je ne suis pas digne non plus que tu entres chez moi. Mais tu m’as aimé, tu m’as pardonné, Je sais maintenant que tu as porté mes péchés sur le bois. (C’est en effet ce que Pierre écrira dans sa première épître. Chapitre 2.v.24. Et en écrivant cela il ne pouvait pas ne pas penser à son reniement). Oui. Je Sais que tu m’as aimé au point d’aller à la Croix pour moi, c’est pourquoi maintenant, dans l’humilité je peux te dire. Tu sais toutes choses, tu sais quė malgré toutes mes faiblesses et mes égarements : je t’aime. Et ainsi, Jésus rétablit Pierre, guérit Pierre de ce cancer intérieur qui le ronge. II le rétablit dans sa dignité de disciple et lui dit simplennent, le même appel qu’au premier jour. Suis moi. Et c’est un Pierre guéri, réhabilité qui pourra vire Pentecôte. Quelle différence en effet entre le Pierre de la Pentecôte qui s’adresse avec courage, foi et conviction à une foule de plusieurs milliers de personnes et le Pierre découra gé qui retourne pêcher et ne prend rien. Ce récit est non seulement la guérison de Pierre, mais sa préparation à Pentecôte, car pour qu’il soit rempli de l’Esprit, il faut d’abord qu’il soit vidé de son orgueil. De sa suffisance comme de son désespoir et de son sentiment d’incapacité. Et c’es: aussi ce que Jésus veut fair: avec chacun de nous. Dieu veut encore répandre son Esprit sur son Eglise. Elle en a d’ailleurs tellement besoin aujourd hui où toutes rios communautés passent par des temps difficiles. Mais peut-être que le Seigneur veut préalabl ement nous peimettre de revivre avec Lui tel évènement qui nous a fait mal, telle expérierice douloureuse, təlle désobéissince peut-être dont nous avons honte. Tel problème qui nous empêche d’être libres. Et il veut nous prendre par la main etil nous dit : vieris, n’aie pas peur. Avec moi tu peux revivre tout cela car j’efface, je pardonne, je guéris au fur et à mesure, comme avec Pierre Je ne peux lire ce texte sans penser à ce que nous avons vécu avec un groupe il y a quelques années à ce même endroit Taghba, au bord du lac de Galilée. C’était le matin aussi. Le lac était calme. Sur le rivage, une barque de pécheur faisait immanquablemient penser à Pierre. Nous avons lu le texte. Et là, au bord du lac, le Seigneur nous a visités. Certains, notamment des jeunes qui sont aujourd’hui pères ou mères de famille, ont dit aussi, à la suite de Pierre: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Mais il n’ est pas besoin d’être au borcl du lac de Galilée pour vivre cela. On peut le vivre n’importe où. Et si aujourd’hui, en ce dimanche, nous disions tous, à notre tour. Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Amen

  • L'évangélisation de l'Afrique et son l'enseignement pour aujourd'hui.

    L'évangélisation de l'Afrique a commencé très tôt: le jour même de Pentecôte puisque parmi la foule qui écouta l'apôtre Pierre il y avait des Egyptiens et des Libyens. (Actes 2.10). Le diacre Philippe évangélisa et baptisa, un ministre éthiopien (Actes 8.26-40). Il y eut même très tôt des responsables africains puisque sur les cinq prophètes et docteurs de 1'église d'Antioche, deux étaient africains : Lucius de Cyrène et Siméon surnommé Niger (donc Noir). IIs étaient même les collaborateurs directs de l'apôtre Paul (Actes 13.1.) Le christianisme se développera ensuite très vite en Afrique du Nord. Vers 1'an 200, Tertullien, de Carthage, un des plus importants « Pères de l'Eglise » postapostolique pouvait écrire en apostrophant les paiens: Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout : vos villes, vos iles, vos châteaux, vos bourgades, vosconseils, vos camps, vos tribus, vos décuries, le palais, le sénat, le forum. Nous ne vous laissons que vos temples. Il écrivit cela alors que les chrétiens subissaient de terribles persécutions. C'est à cette époque qu'eut lieu en Afrique du Nord un des épisodes les plus émouvants et les plus glorieux du long martyrologe chrétien : En l'an 203, Perpétue, jeune fille noble de 22 ans et Félicité jeune esclave, enceinte et sur le point d'accoucher furent condamnées à mort pour leur foi. Comme une loi romaine interdisait de mettre à mort une femme enceinte, on attendit que Félicité accouche avant de la livrer aux bêtes. Et le 7 mars 203, La jeune esclave Félicité allaita une dernière fois son bébé, puis fut, avec Perpétue livrée aux bêtes dans l'amphithéâtre. Les persécutions, ordonnées par l’empereur de Rome, ne Faiblirent pas et le 14 septembre 258 c’est 1’évêque de Carthage lui-même, un autre Père de l’Eglise très important : St Cyprien, qui sera condamné à tre décapité. Mais l’Eglise résistera admirablement à tel point que Tertullien écrira cette phrase célèbre : le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Près de deux siècles plus tard, vers 1’an 400, il y avait, rien qu’ en Afrique du Nord 500 diocèses, donc 500 évêques, et 3500 églises représentant le 20 % de toute la chrétienté d’alors et qui comptait parmi ses évêques Saint-Augustin, le plus grand de tous les Peres de lEgise. Pourtant, malgré son nombre, sa force et la science de ses théologiens, cette Eglise d’Afrique du Nord n’a pu résister à la double invasion des Vandales d’abord, puis des Arabes, et aujourd’hui, de toute la gloire d’autrefois, il ne reste que des ruines. Près de 10 siècles plus tard, un autre essai d’évangéliser l’Afrique fut plein de promesses : Les Portugais qui venaient de débarquer sur les côtes de l’actuelle Angola, près de l’ embouchure du fleuve Congo, découvrirent un royaume important et bien organisé dont ils firent des rapports enthousiastes. C’était le Royaume du Kongo, avec sa capitale Mbanza Kongo située dans l’actuelle Angola, près de la frontière congolaise, située à peu près à mi distance entre les villes actuelles de Luanda et Kinshasa. Des missionnaires furent envoyés et en 1491 (soit un an avant la découverte de l’Amérique) le futur roi, qui régna de 1506 à 1543, fut baptisé sous le nom d’Afonso 1°r. En 1 506, 1’année même où il monta sur le trône il envoya son fils étudier à Lisbonne où il fit de brillantes études. Celui-ci, en 1513, à l’âge de 18 ans prononça un discours en latin devant les cardinaux réunis à Rome. En 1518 – à l’âge de 23 ans – il fut nommé évēque titulaire d’Utique «in partibus infidelium. » Sous le règne d’Alfonso 1, le nom de la capitale Mbanza-Kongo fut changé en San Salvador et 6 églises dont une cathédrale furent construites. En 1596 le pape Clément VIII institua le diocèse Congo Angola et, de 1599 à 1624, quatre évêques portugais s’y succédèrent. Des missionnaires capucins fournirent des statistiques impressionnantes sur le nombre de baptêmes : 341 000 sur une période de 28 ans pratiqués par 37 missionnaires. Le Père Cherubino de Savona affirme même avoir baptisé 700 000 (!) Congolais entre 1759 et 1774. Pourtant tout ce travail va – lui aussi être complètement balayé ; et quand les missionnaires de l’époque moderne arrivèrent dans cette région en 1879 ils ne trouvèrent comme vestige du Christianisme que le signe de croix, mais pratiqué dans le cadre du fétichisme! Pourquoi ces 2 échecs ? Aux premiers siècles de notre ère, I’Eglise d’Afrique du Nord était nombreuse et illustrée par de très grands théologiens. L’Eglise missionnaire du royaume du Kongo avait de puissants appuis politiques, tant portugais que locaux. Et pourtant il n’en est rien resté.. Parmi toutes les raisons qu’on peut invoquer (hérésies, divisions en Afrique du Nord, connivence avec le trafic d’ esclaves du temps des Portugais, etc.) Il est deux raisons très importantes qu’il est important de souligner actuellement : 1. L’Eglise était étrangère au peuple. Dans les premiers siècles, l’Eglise était essentiell ement de culture et de langue latine. Les colons romains étaient nombreux, C’était une Eglise sans grand enracinement dans la culture locale berbère. Il semblerait même que Saint Augustin avait besoin d’un interprète pour se faire comprendre de la population autochtone. Aux 15°-17° siècles c’était encore pire. Ce furent surtout ceux qui étaient en contact d’affaires avec les Portugais (i.e. entre autres le trafic d’esclaves) qui furent influencés par le christianisme, mais celui-ci resta étranger au peuple autochtone. Et quand les conditions économiques et politiques changèrent, tout disparut. C’est la première constatation qu’ on peut faire : Une Eglise qui n’a pas de vraies racines dans le peuple, et qui reste importée ne survit pas. Une Eglise dont le langage, la prédication, la liturgie, les chants ne sont pas enracinés dans la culture locale, un jour disparait...ou alors elle se mélange avec les coutumes et les spiritualités païennes locales... (l’exemple de certains pays d’Amérique du Sud est éloquent) Certes, il faut se garder du syncrétisme, mais il faut que le message de l’évangile éternel soit dit, vécut, chanté dans des catégories que le peuple aime et comprend. 2. La deuxième raison de l’échec des deux premières tentatives d’évangéliser I’Afrique est l’absence de Bibles dans les langues locales. Dans les premiers siècles la Bible avait bien été traduite en Latin (la fameuse Vulgate), mais pas dans les langues locales d’Afrique du Nord comme le berbère. Et le peuple qui ne parlait pas Latin comment pouvait-il la lire ? Il en fut de même, plus tard, au Royaume du Kongo. Comment la foule de ces baptisés pouvait-elle s’enraciner dans la Parole de Dieu? Ainsi, privée de racines populaires et bibliques l‘Eglise d'Afrique du Nord ou du Congo malgré ses brillants orateurs et ses grands théologiens, n’a pas survécu. Inversement quand l’Eglise a des racines populaires et possède la Bible dans sa langue, elle peut résister aux pires persécutions commne l’exemple arménien, copte et syriaque le prouve. La Bible avait en effet été traduite dans ces trois langues dès l’antiquité. Et en Arménie, (L’Arménie est même le tout premier pays à avoir officiellement accepté le christianisme, en l’an 300) ; en Egypte (le mot copte veut dire égyptien), et dans la région Syrie-Liban-Irak, le christianisme s’est maintenu malgré des siècles de persécutions. L’exemple de la mission à Madagascar vient le confirmer. C’est en 1820 que les missionnaires britanniques (Gallois) Jones et Griffith débarquent dans la grande île. Dès leur arrivée ils se mettent à apprendre la langue malgache et à traduire la Bible. En 1830, non seulement la langue malgache est fixée (jusque-là elle avait été uniquement orale), mais le Nouveau Testament est traduit en entier. Mais en 1835 une nouvelle reine – Ranavalona I – monte sur le trône. Farouche paienne elle expulse les missionnaires et se met à persécuter terriblemnent les chrétiens qui ne sont pourtant que 200 baptisés. Son palais est situé sur la plus haute colline d’Antanarivo. Elle enveloppe les chrétiens dans de grandes nattes et les fait jeter du haut des falaises... Il y eut beaucoup de martyrs. Pourtant les Chrétiens persévèrent et se réunirent en cachette et dans les bois pour prier et lire la Bible. Et l’Eglise, malgré la persécution, grandit. (Un film a même été tourné il y a quelques années, intitulé : le livre qui ne pouvait pas brúler et qui raconte cette histoire bouleversante et héroique.) En 1861, à la mort de la reine Ranavalona I, la reine qui lui succède permet aux missionnaires de revenir. Ceux-ci pensaient ne rien retrouver de leur œuvre passée, mais, à leur grande surprise, c’est une Eglise plus nombreuse et plus vivante qui les accueille. La progression devient alors fulgurante: en 1867, le nombre des Chrétiens est de 27 000; en 1894, à la veille de l’arrivée des Français, il y avait 137 000 élèves dans les écoles primaires, 1 école normale et 2 écoles secondaires. Tout en langue malgache, et se rèunissant dans les locaux de 1’Eglise bien sûr ; (généralement dans les temples qui avaient une double fonction: le culte le dimanche et l’école la semaine). De plus, depuis 1886 une académie médicale formait médecins, dentistes, infirmiers et une première génération d’intellectuels collaborait à des revues éditées en malgache. L’Eglise était à la fois biblique et populaire. On peut se demander ce qu’il serait advenu si Madagascar était restée indépendante. L’Eglise se serait très probablement encore beaucoup plus développée. Mais dès le début de la colonisation plusieurs mesures ont été prises par le gouvernement colonial comme l’interdiction de faire l’école dans des lieux de culte (car il faut être «laic ») et tout l’enseignement devait être non plus en malgache mais en français, si bien qu’en 1937, donc 40 ans après l’arrivée des colonisateurs, il y avait moins d’enfants scolarisés qu’en 1890 !! Conclusion L’histoire de l’Eglise en Afrique et à Madagascar doit faire réfléchir, surtout nos Eglises protestantes en cette veille du 500° anniversaire de la Réforme : Une Eglise sans Bible et sans racines populaires meurt, tandis qu’ une Eglise qui a les deux vit et se développe. La Réforme est née d’un retour à l’Ecriture (sola scriptura). Quel est notre rapport à la Bible aujourd’hui ? Celle-ci est-elle encore l’autorité souveraine en matière de foi et de vie ? Je fais partie du Conseil d’Administration du Musée du protestantisme dauphinois au Poët-Laval en France. Un de nos guides m’a rapporté l’histoire suivante: A une famille venue visiter le musée, il a expliqué l’histoire des huguenots, leur amour de la Bible etc. Et à la fin de la visite une fillette d’environ 10 – 12 ans l’a pris à part et lui a demandé : C’est quoi une Bible? C’est quoi un chrétien? C’est un exemple peut-être extrême... Mais dans nos églises issues de la Réforme, la Bible est-elle encore lue ? Est-elle encore mise en pratique ? La parole d’Esaie 8.20 n’est-elle pas plus actuelle que jamais : A la loi et au témoignage ! Si l’on ne parle pas ainsi, Iln’y aura point d’aurore pour le peuple. L’histoire de l’Eglise en Afrique nous pose une deuxième question: Une Eglise sans racines dans le peuple, ne survit pas. Là encore la Réforme nous interroge. Ce fut un mouvement qui a atteint non seulement de grands intellectuels mais aussi le petit peuple. Il n’y a qu’à penser aux petits paysans cévenols qui ont résisté aux troupes du roi soleil. Il nous faut réapprendre à transmettre l’Evangile éternel dans un langage qui rejoint le peuple, et dans une vie de fidélité et d’amour qui couvre tous les aspects de la société. C’est un défi énorme. Mais un défi enthousiasmant. J’ai été frappé par le mot d’ordre écrit à l’ entrée d’une Eglise méthodiste à Pretoria : Without vision the people perish ( Prov.29.18) Without passion the vision dies. Dans tous les domaines de la vie, ayons une vision et une passion!

  • La Réforme au 16° siècle et l'Afrique aujourd'hui

    L'histoire et les enjeux de la Réforme au 16° siècle peuvent aider à comprendre et à affronter les enjeux de l'Afrique aujourd'hui, car, à bien des égards notre 21° siècle est aussi à un tournant important de l'histoire. 1. Economiquement: La découverte de l'Amérique en 1492 (Luther avait 9 ans et Calvin n'était pas né) va bouleverser les circuits économiques. (L'or du Pérou, épices, de nouvelles plantes comme pommes de terre ou tomates, etc...) 2. Politiquement: De nouvelles puissances s'affermissent comme l'Espagne avec la conquête de l'Amérique du Sud, La France et I'Angleterre avec l'Amérique du Nord. D'où de nouvelles rivalités ou guerres. Egalement l'avancée de l'Islam jusqu'au cœur de l'Europe avec le siège de Vienne par l'armée turque (qui fera entonner à Luther son fameux choral: c'est un rempart que notre Dieu. (ein feste Burg ist unser Gott) 3. Scientifiquement: Le savant polonais Copernic, (né en 1473, soit exactement 10 ans avant Luther) démontre que contrairement à ce que tout le moyen-âge enseignait- et notamment l'Eglise – ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre, mais le contraire. Cen'est donc pas la terre - donc l'être humain - qui est au centre; cela va entrainer un changement fondamental de la pensée. 4. Culturellement: L'invention del'imprimerie en 1455 va aussi favoriser la culture qui est désormais accessible au peuple. Luther, en traduisant et faisant imprimer la Bible en allemand va créer l'allemand moderne; et Calvin sera le premier écrivain français à publier un livre savant en français : l'Institution chrétienne qui eut un succès énorme. (A Genève, petite ville d'environ 10 000 habitants, on comptera jusqu'à 27 imprimeries au 16° siècle, ce qui était énorme). 5. Socialement: Ce 16° siècle connaîtra également un des plus Importants et des plus violents mouvements sociaux, avec la fameuse révolte des paysans en Allemagne où les paysans, souvent exploités, se révoltèrent contre leurs seigneurs. 6. Religieusement: Depuis plusieurs siècles il y avait un énorme désir de réforme de l’Eglise: dans sa tête et dans ses membres. (i.e. dans la papauté et le clergé). Pendant près de 70 ans (de 1309 à 1377) les papes, sous la pression de la France, ne résident plus à Rome, mais en Avignon. En 1378 le pape rentre à Rome, mais les cardinaux, restés en Avignon, en nomment un nouveau si bien qu’il ya deux papes, un à Rome, l’autre en France qui s’excommunient mutuellement ainsi que les ...uples qui soutiennent l’autre pontife. C’est ce qu’ on appelle : le grand schisme d’occident. Plusieurs conciles sont organisés pour rétablir L’unité de 1’Eglise (Pise, Bâle, Lausanne, puis surtout Constance en 1415 qui destitue les deux papes et en nomme un nouveau. Mais comme les deux anciens refusent de démissionne, il y a trois papes !) Le concile réussi pour finir à rétablir l’unité, mais en même temps il condamne l’œuvre de Wiclif et fait brûler Jean Hus, qui, tous les deux sont considérés comme pré-Réformateurs. Tout cela crée une grande angoisse et un désarroi dans la population des fidèles. Surtout qu’à cette même époque il y a aussi eu de fort belles choses : des livres admirables comme l’imitation de Jésus Christ. D’excellents théologiens bibliques comme Anselme de Canterberry, et de grands saints comme François d’Assise ou Bernard de Clairvaux etc. .. Il n’est donc pas étonnant que dans cette période de grands Uleversements, un désir de changement profond devienne toujours plus grand. Sur le plan religieux ce sera la Réformation. On fait remonter la Réformation en 1517 (donc en 2017on fêtera son 500° anniversaire), mais le désir de changement remonte beaucoup plus haut et concerne quasiment toute l’Europe. Pour souligner cela, aux pieds de la statue élevée en l’honneur de Martin Luther à Wittenberg, on a édifié quatre statues plus petites représentant 4 pré-Réformateurs qui l’ont précédé soit Pierre Valdo (12°, 13° siècle) John Wiclif (14° siècle) Jean Hus et Jérôme Savonarole (15° siècle) c’est-à dire un français, un anglais, un tchèque et un italien. A ce désir de changement s’ajoute aussi une grande angoisse et même une peur (Ne parle-t-on pas des terreurs de l’an mil ?). Elle est due en bonne partie à l’enseignement de l’Eglise médiévale qui exhorte à faire son salut. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de lieux de pèlerinage (Jérusalem et le Saint Sépulere, St Jacques de Compostelle etc.) qui permettent d’acquérir des mérites. Cest également pour « faire son salut » que beaucoup d’hommes et de femmes entrent au couvent. C’est aussi la raison des indulgences. Les « indulgences» sont le pouvoir que s’attribue l’Eglise de pardonner les péchés comme récompense de « mérites » acquis. Elles peuvent aussi être achetées. Mais se pose immédiatement la question : Ai-je accompli assez de bonnes œuvres ? Acquis assez de mérites ? Donné assez d’argent ? D’où aucune certitude du salut...D’où le doute et l’ angoisse... On peut également recourir à la prière adressée aux saints. Les saints sont des hommes ou des femmes qui ont acquis tellement de mérites quils peuvent en faire bénéficier les autres. C’est comme un trésor dans lequel on peut puiser. D’où l’honneur accordé aux saints et la prière qu’on leur adresse. A Genève, par exemple, avant la Réforme, près de la moitié des jours de I’année étaient fériés pour pouvoir prier le saint du jour. Mais malgré cela il n’y avait aucune certitude du salut... D’où une angoisse et une réelle peur spirituelle. N.B. La description ci-dessus est, certes, raccourcie, mais à peine caricaturale. L’expérience de Martin Luther le montre bien. En rentrant d’une visite chez ses parents, alors qu’il est étudiant, Luther est surprit, en pleine forêt, par un gros orage ; la foudre tombe à côté de lui et manque de peu de le foudroyer. Terrorisé Luther s’écrie : « Sainte Anne sauve-moi, et je me ferai moine. » Fidèle à sa promesse il entre au couvent pour faire son salut. II fut un moine très consciencieux, cherchant vraiment à faire son salut. Il dira lui-même « Tout ce qu’un moine peut faire par sa moinerie, je t’ai fait. » Mais il n’a pas la paix, ni aucune certitude. Au contraire, l’angoisse et le doute grandissent en lui. Cette pensée de devoir faire son salut aura encore d’autres conséquences que le doute et l’angoisse : 1. Anthropocentrisme. Tous les efforts, toutes les pensées, toutes les actions sont centrées sur soi, pour mériter le ciel. Elles occultent l’æuvre salvatrice du Christ et empêchent de se tourner vers les autres. 2. Sclérose de la société. Cet anthropocentrisme, comme tous ces jours feriés consacrés aux saints (près de 50% à Genève) sont un frein au développement de la société. 3. Supériorité de l’état religieux sur l’état laic. Cela aussi est un frein au développement de la société. La Réforme au contraire sera théocentrique (son mot d’ordre sera Soli Deo Gloria – A Dieu seul la gloire- elle s’ouvrira et développera la société. (En limitant les jours fériés et en promouvant le travail) et honorera l’état laic (qui contribue aussi au Royaume de Dieu). COMPARAISON AVEC AUJOURD’HUI Bien que les circonstances ne soient pas les mêmes, il y a des similitudes frappantes. Nous vivons aussi dans une société en plein bouleversement et changement. Peut-être particulièrement en Afrique. 1. Economiquement. La mondialisation bouleverse l’économie. Le problème des dettes, le secret bancaire etc. Font trembler plus d’un pays. 2. Politiquement. De nouvelles puissances émergent (Chine, G20) Montée de l’ Islam radical, DAECH, terrorisme.) 3. Scientifiquement. Menace nucléaire. Changement climatique. Progrès fulgurants en médecine, sciences de la vie, communications etc. 4. Culturellement. Avènement du numérique, des réseaux sociaux, multiculturalisme. 5. Socialement et Moralement. Racisme, pauvreté endémique, chômage, perte de r epères moraux 6. Religieusement. Crise du christianisme, certes différente de celle du 16° siècle, mais pro fonde. Montée de la laicité, augmentation des persécutions.. IIn’y a plus, comme au 16° siècle la peur de l’enfer, mais bel et bien, surtout en Europe, un état dépressif. On a peur de l’avenir qui semble bouché. C’est l’ère des psychologues, des burn out et des psychiatres. En quoi la Réforme peut-elle nous aider ? La Réforme va opérer sur un plan religieux et spirituel avec de nombreuses conséquences économiques et sociales ce que Copernic a opéré sur un plan scientifique. De même que le savant polonais va démontrer que c’est le soleil – et non la terre – qui est au centre, de même la Réforme va opérer un changement radical, en passant de t’anthropocentrisme au théocentrisme: Soli Dea Gloria (A Dieu seul la gloire). Ce recentrement sur Dieu va transformer non seulement l’Eglise, mais aussi la société. Pour mieux le comprendre, revenons à l’expérience de Luther. Il entre donc au couvent pour faire son salut. Il essayera de toutes ses forces, mais n’aura pas la paix. Au contraire, son angoisse augmentera. Il se heurte à cette parole de Romains 1.17: Le juste vivra par la foi. Mais comment devenir juste ? Malgré tous ses efforts il n’y arrive p as ...Jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il s’agit, dans la pensée de l’apôtre Paul, non pas de devenir juste par ses propres forces, mais de recevoir la justice que le Christ donne par la foi. C’est ce qu’il appelle, non la justice active, mais la justice passive. C’est, pour Luther, une véritable révolution copernicienne: Ce n’est plus l’homme qui est au centre en devenant juste par ses efforts, c’est Dieu qui, en Christ, a tout accompli et nous demande de vivre dans la foi à l’œuvre accomplie à la croix. Cette découverte va non seulement bouleverser Luther, mais toute l’Europe suite au trafic des indulgences. Pour construire la Basilique St-Pierre à Rome, le pape a besoin d’argent. Il organise alors, spécialement en Allemagne, une campagne de récolte de fonds qui consiste à offrir le paradis, non plus simplement pour soi-même, mais aussi pour ses proches déjà décédés, contre une somme d’argent. Et voici que pour la fête de la Toussaint 1517, un moine vient à Wittenberg (ville au sud de Berlin) où vit et enseigne Luther. Excellent orateur populaire, muni d’un grand coffre où l’on peut mettre de 1argent, il rassemble les foules et s’écrie : chaque fois qu’une pièce de monnaie tombe dans le coffre, une âme s ‘envole du purgatoire vers le paradis. Luther est scandalisé. Sur la porte de l’église de Wittenberg il affiche 95 thèses pour dénoncer ce trafic. Voici la thèse 27: Ils prechent ces inventions humaines ceux qui prétendent qu’aussitót que l’argent résonne dans leur caisse, l’âme s’envole du purgatoire. Pour Luther, croire qu on peut acheter où faire son salut est non seulement impossible, mais c’est nier l’æuvre toute suffisante de Jésus à la croix. Ces thèses ont un énorme succès. C’est le début de la Réforme qui va avoir des conséquences énormes. En voici quelques-unes : 1. Certitude, sécurité et ouverture. Libéré du devoir de « faire son salut » puisque Jésus a tout accompli à la Croix, le fidèle pourra plus facilement se tourner vers les autres et la société. 2. L’état laïc n’est pas inférieur à létat religieux. Au Moyen-Age la puissance de 1Eglise est énorme : elle donne des indulgences pour aller au paradis, elle consacre des saints, elle excommunie les opposants ou les hérétiques...Le prêtre aussi : c’est lui qui absous celui qui vient se confesser etc... La Réforme va opérer un changement fondamental : Christ ayant tout accompli pour notre salut, pasteur n’a pas d’autre pouvoir que d’expliquer la Parole de Dieu. Le bulanger qui pétrit son pain travaille, différemment certes, mais tout autant pour la gloire de Dieu que le pasteur. Chaque chrétien a un appel. C’est le sacerdoce universel. 3. La Réforme va valoriser le travail qui s’apparente à une forme de vocation (Beruf en allemand, calling en anglais) comme le montre le texte Genèse 2,15. (L’Eternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder.). A Genève on va supprimer les jours fériés consacrés aux saints (près de la moitié des jours ouvrables). La mendicité, si fréquente au Moyen-âge (il y avait même des ordres religieux mendiants) est supprimée, car c’est le travail qui honore Dieu enseigne Calvin, qui va lui-même s’engager pratiquement pour que chacun ait un travail. Tout cela va donner une société beaucoup plus ouverte et dynamique ainsi qu’une Eglise plus démocratique. On peut dire en résumé que cela amènera à insister sur deux vérités essentielles – et très actuelles : Toute personne doit passer par deux conversions: 1. Une conversion spirituelle: Repentance, Pardon, Foi 2. Une conversion sociale: Mon salut étant acquis à la Croix, je ne suis plus tourné sur moi-même et je peux mouvrir auX autres. En fait cen’est que la mise en pratique de ce que dit Jésus : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cæur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophèes. (Matthieu 22. 37-40) Comment cela va-t-il se traduire pratiquement? N.B. Cette partie est fortement influencée par une étude de Michel Johner, professeur à la Faculté de théologie Jean Calvin d’Aix en Provence et parue dans la Revue Réformée. Outre ce qui a déjà été mentionné, j’aimerais insister sur un point important qui a eu un grand impact pour le développement des peuples Protestants (surtout calvinistes), et dont on ne parle que très peu: Pendant tout le moyen-âge, sainteté et pauvreté vont ensemble (cf. François d’Assise). D’autre part le prêt à intérêt était interdit. Mais cela a prOvoqué deux conséquences graves : 1. Cela a favorisé l’usure qui pouvait aller jusqu’ à 53% ! 2. D’où également un grand frein au développement. Cete interdiction du prêt à intérêt fut un grand problème, surtout dans ce 16° siècle si bouleversé, et avec tant de nouveautés qui étaient aussi Tant de possibilités. Cest là que le Réformateur Jean Calvin qui a une formation de juriste (il n’est pas prếtre) fait une constatation géniale qui va avoir d’immenses conséquences: Il fait remarquer qu' il y a deux sortes de prêts: 1. Le prêt d’assistance pour soulager quelqu’un dans le besoin (par exemple un parent, un ami, malade, dans le besoin etc.) Il est juste que pour ce genre de prêt il n’y ait pas d’intérêt. 2. Le prêt de production. Lorsque quelqu’un veut créer une entreprise (par exemple une imprimerie, chose fréquente à l’époque de l’invention de 1’imprimerie; Genève verra la création de 27 imprimeries, chiffre énorme pour une petite ville de moins de 10 000 habitants) et que cette entreprise produira des bénéfices, si pour cela il a besoin d’emprunter de l’argent, il est juste alors que celui qui prête reçoive une part des bénéfices. Calvin est le premier théologien qui abolira 1’interdiction du prêt à intérêt. Et cela aura de grandes conséquences. Mais il pose aussi des conditions pour que ces intérêts soient justes : 1. « L’intérêt ne doit pas être toléré si l’emprunteur n’a pas gagné avec la somme empruntée un montant supérieur à l’intérêt demandé ». Autrement dit – et c’est capital – la rémunération du travail passe avant celle du capital. Cest ce qu’on appelle le prêt participatif. (Pour reprendre l’exemple de l’imprimerie : si l’emprunteur doit un itérêt mettons de 10 000 $ - mais qu’il n’a fait que 8000 $ de bénéfice, cela mettra à la longue la survie de 1’imprimerie en péril et pourra entraîner sa faillite. D’où chômage pour les travailleurs. L’intérêt doit être participatif aux bénéfices. 2. Calvin va encore plus loin et va proposer une idée totalement d’avant garde : «l’argent, dit-il, incarne le pouvoir sur autrui et ce pouvoir allie la cruauté tyrannique et l’art de tromper. » C’est pourquoi la société ne peut pas abandonner le choix du taux d’intérêt à la liberté privée. Le taux doit être fixé par l’autorité publique et politique. Après des études avec des spécialistes le taux est fixé à Genève à 5%. Ce qui fera d’ailleurs la fortune de Genève, car cela donne sécurité et confiance. 3. Calvin demande aussi qu’en période de crise il doit y avoir une sorte de contrõle des prix pour que les riches marchands ne stockent pas les biens de première nécessité et profitent de la situation. D’autres mesures sont encore envisagées. On a souvent accusé Calvin d’être l’ancêtre du capitalisme, mais ce n’est jamais un capitalisme sauvage. On voit là tout son souci pastoral du peuple et de la société. On voit là aussi toute son actualité : 1. Aujourd’ hui, c’est le primat de l’économie sur le politique (notamment en matière de politique sociale, d’ emploi, d’environnement.) Calvin nous rappelle les limites et les devoirs de l’économie 2. Particulièrement intéressant sont les propos de Calvin sur l’intérêt proportionné au gain (prêt participatif). 3. Calvin nous appelle aussi à ne pas être esclave des « contraintes du marché. » Quels enseignements pour l’Afrique d’aujourd’hui? 1. La Réforme est venue dans un moment particulièrement troublé de l’histoire politique, économique et religieuse de I’Europe, (découvertes géographiques et scientifiques, changement de la société, guerres, corruption...) N.B. On peut faire la même remarque pour le Réveil méthodiste au XVIII e siècle en Angleterre. L’Afrique vit aussi actuellement une transformation profonde : politique (indépendance) économique, sociale, démographique etc. Il ne faut jamais désespérer. Mais lutter inlassablement commne Luther, comme Calvin, comme Wesley. Pour rappel : la dernière lettre que Wesley a écrite à Lord Wilberforcejuste avant sa mort était adressée pour l’encourager dans sa lutte contre l’esclavage. 2. Notre travail en Afrique doit aussi être à tous les niveaux: spirituel, bien sû, mais aussi économique, politique, social, intellectuel. La mission de l’Eglise doit comporter tous les aspects de la vie humaine. C’est peut-être ce qui a nmanqué parfois aux Réveils. 3. Comme l’Europe du Moyen-âge où régnait la peur de l’enfer, les religions fétichistes sont aussi des religions de peur (il fut faire des sacrifices pour apaiser les esprits etc.) Certains lieux ou certaines coutumes sont un frein au développement (lieux sacrés où l’on ne peut cultiver, tombeaux malgaches qui ruinent les familles, etc.) Tandis que le message de la Croix libère. Christ a tout payé, je peux me tourner vers les autres. Une question et un appel pour terminer: Les Eglises chrétiennes en Afriques sont nombreuses et pleines. En Europe, la majorité d’entre elles se vident. (11 parait qu’ en France il y a 3500 églises catholiques à vendre!) C est en Afrique, beaucoup plus qu’ en Europe qu’on assiste à de grands rassemblements chrétiens. Comment se fait-il que ce zèle spirituel n’ait pas davantage d’impact sur la société et même ne la transforme pas? Pourquoi tant de corruption? Certes, il y plusieurs éléments de réponse, mais j’ai l’impression que nos églises et nos missions doivent aussi s’interroger : An a beaucoup appelé à la lère conversion (spirituelle). N’a-t-on pas parfois négligé d’ appeler à la 2eme conversion (sociale) ? Nous sommes appelés à prêcher le salut, certes, mais aussi à incarner ce message et cette vie dans la société. Les épîtres, notamment celles de l’apôtre Paul en sont un exemple frappant : Dans la première partie Paul annonce et explique le salut et dans la deuxième partie il en montre les conséquences dans la société. L’exemple le plus frappant est L’épitre aux Ephésiens. Dans les trois premiers chapitres il explique le salut, et dans les chapitres 4 à 6 il en montre les conséquences. Les deux parties sont d’égale importance et la charnière entre les deux est le verset du chapitre 4 montrant I’indissolubilité des deux parties : Je vous exhorte donc. En travaillant et en promouvant des ceuvres commerciales, sociales avec des valeurs chrétiennes vous faites une euvre de grande valeur pour le Royaume de Dieu. C’est tout à fait en accord et dans la suite de ce que Luther affirmait sur le boulanger qui, lorsqu’il pétrit son pain, travaille pour la gloire de Dieu, différemment, mais tout autant que le pasteur.

  • Transformés à l'image de Christ

    Rom.8. 28-30 ; 2 Cor. 3. 12-18 ; 1 Jean 3. 1-3 Dans les trois textes qui ont été lus tout à l'heure, peut être l'avez-vous remarqué, il y a la même idée, quasiment la même phrase et les mêmes. Et quelle phrase! Quels mots! Etonnants ! Extraordinaires ! Glorieux ! Dans le premier texte, Romains 8.29 il nous est dit: Dieu nous a prédestinés à être semblables à l'image de son Fils. Dans le deuxième texte:2 Corinthiens 3. 18: l'apôtre Paul ajoute: Nous qui contemplons, comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image. Et enfin dans le troisième texte : 1 Jean 3.2. il nous est annoncé : Bien aimés. nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui , parce que nous le verrons tel qu'il est. Semblables à l'image de son Fils, Transformés en la même image, semblable à lui. C'est donc à cela que nous sommes appelés. Autrement dit : quel est le but de la vie chrétienne ? Ouel est le plan de Dieu pour chacune de nos vies ? Quelle promesse, mais aussi quel but le Seigneur nous donne-t-il ? Etre semblable à Jésus-Christ. Rien de moins. Dieu désire que son peuple devienne comme Christ. Qu'il soit un reflet du Christ, et que les gens, en nous voyant vivre voient quelque chose de l'image de Jésus. C'est ainsi que nous pourrons être le sel de la terre et la lumière monde. ar le salut que Jésus est venu apporter, ce n'est pas seulement nous donner la vie éternelle, mais faire de nous, comme le dit Phil 2.15, des flambeaux qui brillent dans le monde. Et vous avez remarqué que ces trois textes concernent toute notre vie : notre passé, notre présent et notre avenir: Dieu nous a prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, dit Paul aux Romains. C'est son but de toute éternité, c'est pour cela qu'il nous a créés. Aux Corinthiens l'apôtre parle du présent : nous sommes transformés à l'image de son Fils. Si Jésus est venu nous sauver, ce n'est pas pour nous laisser tels que nous sommes. Il veut nous transformer. C'est tout le processus de la sanctification qui doit caractériser notre marche avec Christ. Enfin l'apôtre Jean nous parle de I'avenir: Lorsque Jésus reviendra et instaurera son royaume, nous serons semblables à Lui. C'est la promesse suprême: tant que nous sommes sur terre, nous ne serons qu'un pâle reflet de l'image de Jésus, mais alors, nous serons effectivement semblables à lui. Quelle promesse ! Et I'apôtre Jean ajoute : Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur. Nous ne savons pas grand chose sur l'Au-delà, ni comment nous serons, mais nous savons une chose : nous serons semblables à lui. Est-il besoin de savoir autre chose ? N'est-ce pas a plus glorieuse des promesses et des certitudes ? En attendant I'accomplissement de cette glorieusepromesse, nous sommes appelés à être ici-bas, dans notre société au milieu de notre peuple, dans notre vie de tous les jours, un reflet de l'image de Jésus. Dimanche dernier, à l’occasion de notre fète nationale du 1er août, nous avons vu ensemble que l’Eglise – et donc nous – a une double responsabilité dans sa relation avec le monde. D’un côté nous sommes appelés à vivre, à servir et à témoigner dans le monde. Et d’un autre côté nous sommes exhortés à éviter d’ être c ontaminés par le monde. Nous avons vu que, dans une société narcissique, matérialiste, et relativiste tant sur le plan de la vérité que de I’éthique, nous sommes appelés à être des non-conformistes, qui ne se conforment pas au siècle présent comme dit Paul, tout en étant de bons citoyens responsables. Aujourd’ hui, nous voulons essayer de comprendre comment vivre le côté positif de notre double responsabilité. Comment vivre, servir et témoigner dans le monde ? La réponse que la Parole de Dieu nous donne, vous l’avez compris, c’est d’être et de vivre au sein de notre société à l’image de Christ. C’est le meilleur service que nous puissions rendre à notre pays. Le plus grand problème de l’Eglise aujourd’hui et du christianisme en général, ce n’est pas la persécution ouverte ou cachée bien qu’elle soit terrible dans certains pays et qu’il faille la dénoncer avec la dernière énergie et soutenir et prier pour ceux qui souffrent ainsi pour leur foi. Le grand problème actuel, ce n’est pas non plus l’indifférence si fréquente aujourd’hui dans notre pays et en Europe. Le plus grand problème est que nous qui nous disons chrétiens – et croyez bien quej’en fais partie – nous ne vivons pas comme Christ, nous ne reflétons pas, ou si peu, son image. Le pasteur Iskandar Jadeed, un ancien musulman arabe a dit un jour : « Si tous les chrétiens étaient des chrétiens, il n’y aurait plus d’Islam aujourd’hui » . Mais qu’est-ce que ça veut dire, aujourd’hui, dans notre société, être une image de Christ? C’est d’abord, être comme Christ dans son incarnation. Certes, 1l’incarnation du Fils de Dieu est un fait – et d’ailleurs un mystère – unique : Dieu qui vient habiter parmi nous. Emmanuel. Mais l’incarnation est aussi un exemple. Un exemple d’humilité, de don de soi. Non seulement d’empathie et d’amour, mais d’identification avec l’autre. Et c’est cela que nous avons à imiter que nous dit l’apôtre Paul : Ayez en vous la pensée qui était en Jésus-Christ, lui, dont la condition était celle de Dieu... il s’est dépouillé lui-même en prenant la condition d’esclave, en devenant semblable aux hommes, il s’est humilié lui-même devenant obéissant jusqu ‘à la mort, même la mort de la croix. » Seigneur, donne-nous cette attitude, donne-nous ce style de vie. Et Jésus lui-même a dit à ses disciples le soir de Pâques: Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Nous sommes donc appelés, à l’exemple de Jésus, à une vie et à un témoignage incarné, proche des gens, proche de leurs problèmes, de leurs questions, de leurs souffrances, de leurs joies aussi. Comme Jésus l’a été dans son passage sur terre. Nous sommes aussi appelés à être comme Christ dans son service. Toute la vie de Jésus a été une vie de service. Il a dit lui même: Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. Et qu’a-t-il fait la veille de sa passion dans la chambre haute? Il a lavé les pieds de ses disciples, tâche que seuls les esclaves accomplissaient à l’époque. Cette attitude, ce service, a d’ailleurs profondément choqué les disciples dans un premier temps. Et que leur répond Jésus: Vous m’appelez maitre et Seigneur, et vous dites bien car je le suis. Si donc. Je vous ai lavé les pieds moi le Seigneur et le Maitre, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres; car je vous ai donné un exemple, afin que vous aussi, vous fassiez comme je vous ai fait. Certains chrétiens, certaines communautés prennent cette exhortation à la lettre et pratiquent le lavage des pieds. Pourquoi pas ? Je garde personnellement des souvenirs émouvants de telles cérémonies. Je pense en particulier à ce que nous avons vécu avec un groupe de bergères de St-Loup dans le village-hospice chrétien d’Ankaramalaza à Madagascar. Quand nous sommes arrivés, le chef du village nous a adressé des paroles de bienvenue puis il nous a dit: « nous voulons vous accueillir avec l’amour de Jésus, nous voulons vous laver les pieds ». Puis il nous a conduits sur la place du village où les responsables nous ont lavé les pieds à chacun d’entre nous tandis que les enfants des écoles chantaient des cantiques en malgache. Je vous assure qu’ on a tous senti l’amour de Jésus qui passait au milieu de nous. Mais, même sans de telles cérémonies, ce qui est certain c’est que Jésus vient nous dire par cet exemple et cette exhortation, que nous ne devons considérer aucun travail, aucune tâche, aucune responsabilité comme trop humble, trop humiliante ou trop dégradante pour être au service de notre prochain et l’aimer quel qu’il soit. Nous sommes également appelés à être comme Christ dans son amour. L’apôtre Paul écrit aux Ephésiens, et à travers eux à nous tous : marchez dans l’amour, de même que le Christ nous a aimés et s ‘est livré lui-même à Dieu pour nous en offrande et en sacrifice (Eph.5.2). Ainsi, c’est toute notre attitude, tout notre comportement qui doivent être caractérisé par l’amour. Mais attention, pas n’importe quel amour! Quand Paul exhorte à aimer c omme Christ qui s ‘est livré à Dieu pour nous en offrande et en sacrifice il fait une claire référence à la croix. L’apôtre nous supplie d’être semblables à Christ dans son sacrifice et dans sa mort. D’aimer, oui, mais avec I’amour du Christ en croix. L’amour qui est prêt à donner sa vie; l’amour qui dit Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. L’amour qui va jusqu’au bout du sacrifice. On parle beaucoup d’amour aujourd’hui. Dans le monde et aussi dans 1’Eglise ; mais je me demande parfois : est-ce I’amour manifesté à la croix ? L’amour de Jésus, cen’est pas simplement de la bonne volonté humaniste. C’est I’amour vécu à Golgotha. Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. (Rom. 5.8). C’est ainsi que nous sommes appelés à aimer. Pas d’une manière abstraite et théorique, mais dans notre vie de tous les jours. Et d’abord dans notre vie conjugale comme Paul le précis. : Maris, aimez chacun votre femme, comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle. Ne croyez-vous pas qu’il y aurait moins de drames conjugaux si c’était cet amour-là qui caractérisait nos couples? Et ne croyez-vous pas que nos sociétés se porteraient mieux si c’était cet amour-là qui nous caractérisait, et caractérisait nos Eglises ? Comment être des chrétiens qui participent au bien du pays, qui aiment et servent la société dans laquelle ils sont appelés à vivre, nous demandions-nous dimanche dernier. Et voici que l’apôtre Paul répond: en vivant comme le Christ de I’incarnation, comme le Christ du lavage des pieds, comme le Christ de la croix. Mais justement, c’est ça le problème. N’est-ce pas un idéal inatteignable ? Qui peut être comme cela ? N’est-ce pas un message culpabilisant que de dire cela car on n’y arrive jamais ? Oui, c’est vrai si on essaye d’atteindre ce but par nos propres forces, par nos propres efforts, par notre propre volonté. Mais 1’Ecriture nous propose un autre chemin. Un chemin de grâce L ‘ancien archevêque de Canterbury, William Temple a dit un jour. « Ce n’est pas bien de me donner une tragédie comme Hamlet ou Macbeth et de me demander d’en écrire une semblable. Shakespeare peut le faire. Moi je ne peux pas. Et ce n’est pas bien de me montrer une vie comme la vie de Jésus et de me demander de vivre une vie comme cela. Jésus pouvait le faire. Moi, je ne peux pas. Mais si le génie de Shakespeare pouvait venir et vivre en moi, alors je pourrais écrire une tragédie comme lui. Et si l’Esprit de Jésus pouvait venir et vivre en moi, alors je pourrais vivre une vie comme la sienne. » Et l’Esprit de Jésus, le Saint-Esprit, veut venir en nous. Jésus a dit à ses disciples, juste avant la croix : il est avantageux pour vous que je m’en aille, car sije ne pars pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous, mais si je m ‘en vais, je vous l’enverrai. Et il nous l’a envoyé, le jour de Pentecôte. Et c’est justement le jour même de Pentecôte que Pierre dit au peuple : la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en assi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. » (Actes 2.39) Il ne s’agit donc pas de s’épuiser en vains efforts pour atteindre un but au-delà de nos possibilités, mais de dire humblement au Dieu de toutes grâces : Seigneur, je veux prendre au sérieux les exhortations de ta Parole. Tu m’appelles à vivre une vie à l’image de celle de Jésus. Je reconnais que par moi même je n’y arrive pas. J’ai besoin de ton Saint-Esprit. Visite moi, comme tu as visité tes disciples le jour de Pentecôtc. Ce n’est pas pour rester dans un cercle chaud d’initiés que nous sommes appelés à prier ainsi, bien au contraire, mais pour être au service de la société tout entière. Dans son message au centenier Corneille, l’apôtre Pierre souligne que Jésus, rempli du Saint-Esprit, allait de lieu en lieu en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient sous l’oppression du diable (Actes 10.38). II n’est pas resté confiné dans les synagogues, il s’est intéressé à tous les aspects de la vie humaine et sociale, et il nous appelle, à son exemple, à aller aux carrefours et sur les places. C’est-à-dire au milieu de a société, pour, y chercher les brebis souffrantes ou perdues. Mais d’y aller avec son Esprit. L’Esprit de l’incarnation, l’Esprit du lavage des pieds, I’esprit de la croix, mais aussi l’esprit de Pentecôte. Si nous sommes appelés à être remplis de l’Esprit de Jésus et à marcher comme il a marché selon l’expression de l’apôtre Jean, c’est aussi pour les gens du dehors, c’est pour que le monde croie, c’est pour que nos sociétés vivent plus harmonieusement. Nous vivons dans une société d’indifférence religieuse, c’est vrai. Mais derrière cette indifférence, se cache souvent une quête de sens, une recherche existentielle, ou une révolte face à un vide intérieur que nos contemporains – et particulièrement la jeunesse – ne sais pas avec quoi combler. Ne croyez-vous pas qu’avant toutes choses, ils ont besoin de voir en nous un peu de p’image de Jésus ? Ne croyez-vous pas que c’est le meilleur service que nous pouvons rendre à notre société?

  • La Victoire de la Croix

    Parler de la victoire de la croix à l’époque du Nouveau Testament pouvait paraitre non seulement paradoxal, mais saugrenu et même de fort mauvais goût sinon blasphématoire. Pour les juifs elle était un signe de malédiction comme le rappelle l’épītre aux Galates citant le Deutéronome: « maudit est quiconque est pendu au bois. » (Ga. 3. 13 et Dt. 21. 23) Pour les Romains, elle était la marque par excellence de la défaite, de l’humiliation et de l’infamie. Pourtant, tout le Nouveau Testament parle de victoire quand il mentionne la croix! Jésus a dépouillé les principautés et les pouvoirs et les a publiquement livrés en spectacle, en triomphant d’eux par la croix. (Col. 2. 15) Nous, nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu. (1Co. 1. 23.) C’est parce que la croix est victoire et puissance que Paul ne veut savoir qu’une chose: Jésus-Christ et Jésus crucifié. C’est aussi pour cela qu’il ne veut se glorifier de rien d’autre que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. (1Co. 2. 2 et Ga. 6. 14) Et c’est parce que le sang de l’Agneau a été versé sur la croix que l’Apocalypse s’ouvre par une doxologie qui s’amplifie tout au long du livre: A celui qui nous aime. Qui nous a délivrés de nos péchés par son sang et qui a fait de nous un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père, à lui la gloire et le pouvoir aux siècles des siècles. (Ap. 1. 5-6) Il ya donc un renversement complet: la croix, qui était signe de défaite et d’humiliation devient, dans le Nouveau Testament, source de victoire, de puissance et même de gloire. Il fallait une audace incroyable, dans le contexte et l’atmosphère de l'époque, pour oser opérer un tel changement. Nous ne réaliserons probablement jamais à quel point Paul a dû bouleverser les Corinthiens en ne voulant savoir et proclamer chez eux que Jésus crucifié. Certes, Paul, et les autres apôtres avec lui, disent aussi que la Croix est un drame, qu’elle est une souffrance inouie et un combat gigantesque, mais ce qu’ils ont compris et qu’ils proclament de toutes leurs forces, C’est qu’elle est un combat victorieux contre nos trois ennemis les plus redoutables, et que rien ni personne n’avaient encore pu vaincre, ni les pratiques religieuses, ni les sacrifices, ni même la loi, à savoir: le péché, la mort et le diable. La croix est d’abord victoire sur le péché. C’est la première vérité que le précurseur Jean-Baptiste annonce, tout au début du Nouveau Testament, lorsqu’ il voit venir Jésus : Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. (Jn. 1. 29) Et c’est encore la première affirmation qui fait chanter l‘Apocalypse le livre par lequel se termine la révélation biblique: À celui qui nous aime et qui nous a délivrés de nos péchés par son sang..” (Ap. 1. 5) Ainsi, du début à la fin, tout le Nouveau Testament proclame cette vérité fondamentale : le péché: ce péché qui nous enveloppe si facilement (Heb. 12. 1) et dont nous sommes si souvent esclaves, est enfin vaincu par la croix de Jésus. Ce message de la victoire sur le péché par la croix, est aussi le premier message des épitres: Je vous ai transmis avant tout, ce que javais aussi reçu: le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures (1 Co. 15. 3) écrit Paul aux Corinthiens. L’apôtre est resté dix huit mois à Corinthe, il a beaucoup témoigné et beaucoup enseigné dans cette ville, ce qui n’a pas été d’ailleurs sans provoquer bien des réactions (Ac. 18. 1-18) et, en écrivant plus tard aux chrétiens de cette jeune église, il aborde également un grand nombre de problèmes, tant théologiques qu’éthiques ou communautaires, mais il tient à préciser que l'enseignement premier et prioritaire est celui du pardon des péchés par la croix. C’est le coeur du message, c’est là que tout commence car c’est aux pieds de la croix que notre vie peut changer. Si Paul parle ainsi, c’est qu’il a expérimenté dans sa propre vie la réalité du pardon et de la vie nouvelle. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a lui-même été enseigné; il le précise aux Corinthiens: Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’avais aussi reçu. Or, Paul le dira ailleurs, I’Evangile qu’il prêche, il ne l’a ni reçu, ni appris d’un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. (Ga. 1. 12) C’est donc le Christ lui-même qui l’a enseigné ainsi, qui lui a rappelé que ce message du pardon, de la victoire sur le péché est la première raison de sa venue. Et Paul l’a bien compris, il dira aux Galates le Christ s’est donné lui-même pour nos péchés (Ga. 1. 4) ’ La croix, précise-t-il à ces chrétiens tentés par le salut par les rites et les mérites, n’a pas été imposée à Jésus malgré lui : il a volontairement donné sa vie, il a volontairement pris nos péchés sur lui à la croix car il savait que c’était le seul moyen de les effacer. Ce que Paul dit dans ses épîtres est entièrement confirmé par l’enseignement de l’apôtre Pierre: Jésus a porté nos péchés en son corps sur le bois. (1 Pi. 2. 24) On pourrait multiplier les citations, elles sont innombrables. l’enseignement du Nouveau Testament est unanime et c’est la première raison pour laquelle l’Evangile est une Bonne Nouvelle: par la croix, le péché est vaincu ; le Christ l’a pris sur lui et l’a englouti dans sa mort. II n’est donc plus sur nous. Finis, le remords, la culpabilité, la honte ou alors l’endurcissement et le ceur dur et froid: Nous sommes pardonnés, libérés, délivrés: Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous a vez été justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu (1Co. 6. 11) s’écrie Paul dans un chant d’allégresse et de reconnaissance. Paul va même très loin : Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. (2Co. 5. 21) Réalisons nous à quel point cette parole est bouleversante ? Pour nous qui baignons dans le péché, cela nous semble presque naturel, mais pour le Fils de Dieu ! Lui qui était l’incarnation de l’amour, de la justice et de la sainteté et que personne, jamais, n’a pu convaincre de péché, non seulement il porte les nôtres, mais encore il s’identifie à eux pour nous en délivrer. Il ne devient pas pécheur pour autant, il reste juste et saint, mais il devient péché pour nous. Il est difficile parfois d’apporter ce message. Je me rappelle un certain « culte de longue veille » le soir du 24 décembre dans ma première paroisse. J’étais jeune et je voulais profiter de cette célébration qui voit se rassembler une foule de paroissiens qu’on ne voit pas forcément les dimanches ordinaires, pour montrer le lien entre Noël et Pâques, entre la crèche et la croix. Je me suis donc inspiré d’un texte ou plutôt d’un cheur parlé qui m’avait beaucoup interpellé, écrit d’ailleurs par un auteur catholique, et intitulé « la poubelle de miséricorde. » J’ai voulu faire comprendre que la crèche mène à la croix, que Golgotha est déjà annoncé dans les récits mêmes de la nativité; non seulement dans la parole de Siméon, mais déjà dans celles des anges aux bergers: il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. (Lc. 2. 11) Car c’est à la croix que ce Sauveur a accompli son œuvre de salut. Et j’ai repris ce texte de 2 Cor.5.21, j’ai redit que si Dieu, en Christ, s’est fait homme, c’est non seulement pour vivre une vie semblable à le nôtre, non seulement pour porter nos péchés, mais même devenir péché afin que nous puissions apporter les nôtres, comme dans une poubelle de miséricorde, et en être déchargés. J’ai terminé le service par un appel en reprenant les paroles même du choeur parlé qui met en scène trois choreutes, comme dans le théâtre antique : Choreutes: 1. -Voici la poubelle aux immondices, 2. -Voici la besace aux cloportes. 3. – Voici le vide-tout des âmes. Clochette – Drelin! drelin! 1,2 et 3-Voici la poubelle qui passe. Le récitant. – Va, mon frère, va jette en moi tout cela que ton âme recèle et qui empoisonne ta vie. Délivre-toi. Jette ceci et puis cela. Ceci sur quoi sont les vers du remords, mon frère, va, jette en moi tout cela que ton âme recèle et qui empoisonne. Cela qui, seulement d’y songer, vous fait lever le coeur. Voici la poubelle de miséricorde qui passe ce soir. Viens apporter tes fautes, tes péchés, le Seigneur est venu pour te les prendre ». (Léon Chancerel: La poubelle de misEricorde. Cité par I. Exbrayant dans: Aux carrefours et sur les places. Ed. Les bergers et les Mages. Paris) Je n’avais pas réalisé que dire cela le soir du 24 décembre, à un auditoire non préparé et qui était venu en grande majorité soit pour terminer une soirée de fête en famille, soit pour assister à un concert de musique religieuse, (l’organiste avait composé une cantate exprès pour cette occasion) était peut-être inadapté. j’ai probablement commis une erreur de goût comme me l’a gentiment fait remarquer un collègue; ce n’était pas forcément le meilleur moment. Ni le meilleur endroit pour parler ainsi! Le fait est que cette prédication en a choqué plus d’un. Certains auditeurs se sont même plaints aux autorités de l’Eglise à qui j’ai dû envoyer le texte de ma prédication (qui m’a d’ailleurs été renvoyé sans aucun commentaire !) Sans excuser le fait que j’aie été maladroit et que mon zèle d’évangéliste était plus intempestif que sage j’étais jeune !), j’ai aussi réalisé que la prédication de la croix n’était ni facile ni populaire. Même dans l’Eglise! On préfère en rester souvent à l’enfant de la crèche et raconter des contes attendrissants ! Et pourtant, que serait Noël sans Vendredi saint et Pâques? Peut-on vraiment célébrer la venue du Sauveur sans mentionner de quelle manière il nous a sauvés? Noël n’est que le début de l’histoire qui culmine à vendredi Saint et Pâques ! Mais comment ‘annoncer avec des mots qui rejoignent nos contemporains? «O croix de la prédication de la croix ! » disait Adolphe Monod. Oui, la croix c ‘est d’abord la victoire sur le péché, la culpabilité, le remords, l’angoisse et tout ce qui m’oppresse. Je sais désormais que mon passé, quel quil soit, est effacé, lavé. C’est l’accomplissement de la prophétie d’Esaie : Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s’ils sont rouges comme l’écarlate, ils deviendront comme de la laine. (Es. 1. 18) Je ne suis pas, comme Lady Macbeth qui, après son crime, essaye désespérément de se laver les mains et qui s’écrie dans la fameuse pièce de Shakespeare : « ll y a là toute l’odeur du sang...Tous les parfums de ‘Arabie ne purifieraient pas cette petite main-là! Oh! Oh! Oh! » (Shakespeare: Macbeth Actes V scene I) Non, ni les parfums de lArabie, ni les détergents les plus modernes ne pourront laver le cceur humain et apaiser la conscience chargée; mais bien le sang du Sauveur sur la croix : le sang de Jésus nous purifie de tout péché,(1 Jn. 1. 7) dit l’apôtre Jean. Et Paul, écrivant aux Corinthiens et leur rappelant comment ils avaient vécu dans un grand désordre moral et spirituel, ajoute: Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l'Esprit de notre Dieu. (1 Co. 6. 9-11) Hélas, le péché ne disparaît pas pour autant de nos vies. Nous restons des pécheurs. Jusqu’au bout. Comme le disait Luther, le chrétien est à la fois « toujours pécheur, toujours juste et toujurs pénitent. » Ce serait une grave ereur dans laquelle, hélas, sont tombés parfois certains chrétiens – de croire que le péché peut étre éliminé de nos vies. Il nen demeure pas moins vrai que la croix est victoire sur le péché, et qu’elle se manifeste de trois manières dans l‘histoire de nos vies : c’est ce que certains appellent, pour mieux s’en souvenir : Les trois P de la victoire de la croix sur le péché. En portant nos péchés sur le bois comme dit l’apôtre Pierre, en subissant à notre place le châtiment qui nous donne la paix, selon la prophétie d’Esaie, le Christ nous affranchit d’abord de la punition que méritait notre péché. Vous étiez morts par vos fautes et par vos péchés, nous tous aussi nous étions de ce nombre...mais Dieu nous a rendus à la vie avec le Christ. (Ep. 2. 1-7) Notre passé est pardonné, nous sommes enfants de Dieu: celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie, (Jn. 5. 24) rappele Jésus lui-même. Et l’apôtre Jean, bouleversé par cette nouvelle écrit: Voyez quel amour le Père nous a donné, puisque nous sommes appelés enfants de Dieu! Et nous le sommes. (1 Jn. 3. 1) Par le Saint-Esprit, qui est l’Esprit de Jésus, nous recevons la victoire sur la puissance du péché. Certes, là encore, il ne faut pas en déduire que nous ne succombons plus jamais à la tentation, nous restons pécheurs. Pourtant, nous pouvons avoir la victoire sur telle ou telle habitude, sur telle ou telle tentation contre laquelle jusque là nous étions sans force. On pourrait multiplier les exemples de tel alcoolique ou drogué délivré, de tel mari violent incapable de résister à des crises de colère et qui a vu sa violence s’apaiser. Je pense aussi à cet ami, lié par un esprit d’impureté et qui, par la puissance de lesprit en a été délivré. Enfin, quand Jésus reviendra établir son Royaume, ce sera la victoire sur la présence même du péché, car Dieu sera tout en tous et toutes choses seront faites nouvelles. Il ne restera plus que l’amour : Il n’y aura plus d’anathème. Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la vile. Ses serviteurs le serviront et verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts. La nuit ne sera plus, et ils n’auront besoin ni de la lumière d’une lampe, ni de la lumière du soleil, le Seigneur Dieu les éclairera. Et ils régneront aux siècles des siècles. (Ap. 22. 5) Nous ne sommes pas encore dans le Royaume, mais la croix inaugure cette triple victoire, déjà remportée mais qui sera totalement réalisée lors de l’Avènement du Christ. La croix est ensuite victoire sur la mort. C’est d’ailleurs la suite logique. Là encore les textes bibliques sont innombrables : Le salaire du péché c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu (littéralement le charisme), c’est la vie éternelle en Christ-Jésus notre Seigneur. (Ro. 6. 23) Jésus-Christ a réduit à limpuissance la mort et mis en lumière la vie et l’incorruptibilité par l’Evangile. (2 Tm. 1. 10) Par sa mort. Il écrasé celui qui détenait le pouVoir de la mort, c’est-à-dire le Diable. (Heb. 2. 14) C’est pourquoi l’apôtre Paul peut s’écrier, en citant le prophète Esaie: La morta été engloutie dans la vctoire, Ô mort où est ta victoire? Ô mort où est ton aiguillon? (1 Co. 15. 55) Les Réformateurs ont bien compris et enseigné ces vérités : « la mort de Jésus est la mort de notre mort » disait Luther. Quant à Calvin, il écrit qu’à la croix « la mort est morte. » Pourtant, depuis la croix et la Résurrection la mort n’a pas disparu ; elle est même plus présente que jamais. Elle s étale dans nos journaux et fait la une des nouvelles télévisées. Mais ilya mort et mort! Il y a le décès qui est bel et bien toujours la et qui demeurera jusqu’au jour de la Résurrection et de l’avènement de Jésus ; et puis, il y a ce que la Bible appelle « la seconde mort (Ap. 2. 11); 20.6, 14; 21.8) », c’est-à-dire la séparation totale et définitive d’avec Dieu. C’est de cette mort là que Dieu parlait lorsqu’il avertit Adam au jardin d’Eden en lui disant de ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal car : le jour où tu en mangeras tu mourras. (Gn. 2. 17) Pourtant, Adam et Eve ne sont pas décédés en mangeant du fruit défendu, mais ils ont bel et bien été chassés du jardin et de la présence de Dieu, et c’est précisément cela la seconde mort. Bien plus terrible que le décès qui nous enlève, certes, la respiration, mais pas la Vie, puisqu’il nous fait entrer au contraire dans la présence éternelle du Seigneur. Celui qui reçoit la vie de Jésus ne sera jamais séparé de son amour. Même pas par le décès. C’est ce que Jésus affirme devant le tombeau de Lazare : Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. (Jn. 11. 25) Il est symptomatique que Jésus dise cela devant le sépulcre de son ami. Si quelqu’un croyait en Jésus, cétait bien Lazare dont il est précisé que Jésus l’aimait. Pourtant il est bien décédé. Mais la « seconde mort », cette terrible séparation d’avec Dieu, n’avait pas prise sur lui, et, pour bien le montrer à tous Jésus I’a ressuscité. C’est de cette seconde mort que la croix de Jésus nous libère. Comme le précise encore l’apôtre Paul: Je suis persuadé que ni la mort, ni la vie... ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur. (Ro. 8. 31-39) Certes, tant que Jésus n’est pas revenu, le décès demeure et c’est le lot de tous; mais il a perdu son aiguillon . Et quand le Seigneur reviendra, alors même cette mort-là sera supprimée: Et la mort ne sera plus (Ap. 21. 4), promet l’Apocalypse. La croix est enfin la victoire sur le diable. C’est aussi la suite logique. Comme le dit l‘ é pitre aux Hébreux da citée: par la mort, il anéantit celui qui a la puissance de la mort c’est-à-dire le diable. Tout au long de l’Ecriture on retrouve ces trois ennemis qui sont d’ailleurs ceux du jardin d’Eden: Le serpernt (C’est-à-dire le diable, selon Apoc.12.9) entraîne Adam et Eve dans le péché qui les conduit à la mort. Mais par la croix, Jésus efface le péché, détruit la mort et remporte la victoire sur Satan. Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les euvres du diable (1 Jn. 3. 8), affirme l’apôtre Jean. La croix est donc aussi la victoire sur toutes les puissances mauvaises et les esprits malins: Il a dépouillé les principautés et les pouvoirs et les a publiquement livrés en spectacle en triomphant d’eux par la croix. (Col. 2. 15) La croix a des conséquences non seulement ici-bas, mais dans les lieux célestes. Elle est une victoire cosmique, sur la création tout entière. C’est ce que l’apôtre Paul affirme dans ce fameux chapitre 8 de l’épitre aux Romains qui conclut la première partie de son enseignement: car la création a été soumise à la vanité – non de son plein gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise – avec une espérance: cette même création sera libérée de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. Or, nous savons que jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. (Ro. 8. 20-22) La croix est bien cette triple victoire, sur le péché, la mort et le diable. Comme Jésus le proclame – et c’est sa dernière parole avant de rendre l’Esprit: Tout est accompli. (Jn. 19. 30) A la croix il a effectivement tout accompli, non seulement pour le pardon de nos péchés, mais pour le rétablissement de toutes choses et pour que toutes les puissances de destruction, de violence, de péché et de mort soient vaincues. Ce n’est donc pas seulement le pardon de mes péchés que je reçois en venant à la croix, mais la victoire sur toute la puissance de l’Ennemi. C’est bien cette triple victoire que chante – et avec quelle force l’Apocalypse. On est même condamné à ne rien comprendre à ce livre, certes difficile, mais merveilleux, si on n’a pas compris cela! Comment débute en effet ce dernier livre de la Bible? A Celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang. (Ap. 1. 5) C’est le rappel de la victoire sur le péché. J’étais mort, et me voici vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts.(Ap. 1. 18) C’est le rappel de la victoire sur la mort. Je suis l’alpha et l’omega, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout Puissant. (Ap. 1. 8) C’est la victoire sur toutes les puissances. Et comment cette victoire a-t-elle été rendue possible ? Par la croix. C’est elle que chantent les Anciens et les quatre êtres vivants : Et je vis au milieu du trône et des quatre êtres vivants, et au milieu des anciens, un agneau debout qui semblait immolé... Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant: tu es digne... car tu as été immolé et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue...(Ap. 5. 6,9) La prophétie le souligne bien, l’Agneau immolé est « au milieu du Trône », c’est-à-dire à l’endroit même de la gloire de Dieu. Cest bien la croix qui est la raison de la victoire et c’est son oeuvre gue le ciel entier, avec tous les anges et les rachetés célèbre sans fin. Cette victoire accomplie à la croix, bien que totale et définitive, ne sera pleinement manifestée qu’au retour de Jésus-Christ. Entre temps, l’ennemi, bien que vaincu, ne rend pas les armes. Au contraire, il va se déchaîner ; et c’est ce que raconte encore l’Apocalypse: Il y eut une guerre dans le ciel, Michel et ses anges combattirent le dragon... II fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre habitée... Alors j’entendis... il a été précipité, l’accusateur de nos frères... Ils l’ont vaincu à cause du sang de l’Agneau et de la parole de leur témoignage. (Ap. 12. 7-11) Oui, l’Ennemi se déchaîne. Il ne faut pas s’en étonner, car il sait qu’il a peu de temps. (Ap. 12. 12) Et l'Apocalypse raconte encore comment il envoie cette « trinité diabolique » formée de la bête qui monte de la mer, suivie de la bête qui monte de la terre et de la grande prostituée. Mais, appuyée sur l’euvre de la croix, sur le sang de l’Agneau, l’Eglise n’a pas à avoir peur, car la victoire est certaine. C’est d’ailleurs par le rappel de cette triple victoire, totale et définitive, que se termine l'Apocalypse – et par conséquent toute la révélation biblique : Et il me montra un fleuve d’eau de la vie (rappel du jardin d’Eden) qui sortait du trône et de l'Agneau (rappel de la Croix).. et il n’y aura plus d’anathème, le trône de Dieu et de ‘Agneau sera dans la ville, ses serviteurs le serviront et verront sa face. (Ap. 22. 1, 3) C’est bien la victoire sur le péché, dans ses trois aspects : victoire sur la punition, la puissance et même la présence du péché. Sur les deux bords du fleuve, se trouve l’arbre de vie (nouveau rappel du jardin d’Eden: la croix rétablit tout ce que la chute avait détruit: elle apporte la vie. Alors que la chute avait produit la mort),... dont les feuilles senvent à la quérison des nations. (Ap. 22. 2) C’est la vie pour tous. C’est le rétablissement de toutes choses. La mort même est abolie. C'est enfin la victoire définitive sur Satan et ses démons: Et le diable, qui les séduisait fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles. (Ap. 20. 10) L’Apocalypse est donc bien, avant toutes choses, la célébration de la victoire du Christ sur ces trois ennemis qui, depuis la chute, font souffrir I’humanité le péché, la mort et le diable. Victoire déjà accomplie, mais pleinement manifestée au retour de Jésus. Et le coeur de cette victoire, c’est la croix. Le nom, de loin le plus fréquent, par lequel Jean désigne Jésus dans ce livre c’est l’Agneau, qui revient 28 fois dans ces 22 chapitres. Il ne s’agit pas, bien sûr. De souligner la candeur et Iinn0cence de cet animal, comme dans la fable de La Fontaine, mais bien de rappeler l’agneau pascal de la sortie d’Egypte, l’agneau du sacrifice qui ôte le péché du monde. C’est pourquoi l’Apocalypse est un immense encouragement pour l’Eglise. Adossée à la victoire de Pâgues, (comme la vision du Christ glorieux et tout puissant du premier chapitre le lui montre), et attendant le retour glorieux et t’Avènement de son Seigneur comme la conclusion du livre l’annonce, l’Eglise peut étre confiante. Et dans ce temps qui va de l’Ascension à la Parousie, comment est-elle appelée à vivre ? C’est ce que rappellent les lettres aux sept eglises des chapitres 2 et 3 qui représentent l’Eglise universelle de tous les temps et de tous lieux. C’est d’ailleurs pour cela que chacune de ces lettres se termine par cette exhortation et cette promesse : A celui qui vaincra. Comme le dit le théologien anglican Michael Green: On peut résumer tout le message de l’Apocalypse en trois mots:We shall overcome! (Nous vaincrons) Mais cette victoire, il faut se l’approprier. Il ne s’agit pas d’être inactifs ou passifs : il faut entrer dans cette victoire, la saisir, l’intégrer à notre vie et notre comportement. C’est pourquoi il est dit chaque fois : « A celui qui vaincra. » Certes. Christ a vaincu, mais nous devons vaincre aussi.Ou plutôt nous devons accueillir sa victoire de telle manière qu’elle devienne la notre. Comment? L’Apocalypse répond aussi à cette question: Heureux ceux qui lavent leurs robes. (Ap. 22. 14) C’est à la fois la conclusion du livre et la dernière béatitude de la Bible. La victoire de la croix devient notre victoire quand. Dans la repentance et la foi, nous apportons au Christ sauveur non seulement nos péchés et nos fautes, mais aussi notre moralité, notre bonne éducation, notre justice propre, car, comme le dit le prophète Esaie: Tous nos actes de justice sont comme un vêtement pollué. (Es. 64. 5) C’est notre être entier qui a besoin d’être purifié par le sang du Christ. C’est cela la conversion, le premier pas que nous sommes appelés à faire, qui nous fait passer de la mort à la vie et fait de nous des enfants du Père. Mais ce premier pas doit être suivi d’autres: ceux qui ont été ainsi rachetés, purifiés, lavés, sont appelés à suivre l’Agneau partout où il va. (Ap. 14. 4) C’est à -dire à entrer dans un chemin d’obéissance. Et cette obéissance n’est pas d’abord l’observation de préceptes ou de lois, mais une « suivance » de Jésus Christ. Comme disait Bonhoeffer. C’est une communion, une intimité, un amour pour le Seigneur qui nous fait désirer marcher comme il a marché (1 Jn. 2. 6), vivre comme il a vécu et agir selon son exemple, comme Jésus lui-même le demande à ses disciples lorsqu’il leur lave les pieds (Jn. 13. 15), bref, c’est aimer comme il a aimé. C’est ce que les épītres appellent à plusieurs reprises, la sanctification. Et puis, entrer dans la victoire c’est non seulement vivre une vie d’obéissance, mais aussi de témoignage: lls l’ont vaincu (le diable) à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage. (Ap. 12. 11) Nous sommes appelés à rendre un témoignage en actes et en paroles. Nous ne pouvons pas séparer les deux. Certes, nous devons faire attention que nos actes ne démentent pas nos paroles ; trop de gens ont été éloignés de la foi par des Chrétiens inconséquents, mais ce n’est pas une raison pour se taire. Rien ne fortifie davantage notre foi que de témoigner, c’est même, comme dit ce texte, une des conditions de la victoire. Enfin, l’Apocalypse précise encore que ceux qui ont vaincu la bête... chantent le cantique de Moise et le cantique de l’Agneau. (Ap. 15. 3) Une des caractéristiques les plus constantes des rachetés de tous les temps c’est la louange. L’Eglise militante sur la terre se joint à l’Eglise triomphante dans le ciel ainsi qu’à tous les anges, pour chanter la gloire et la victoire du Christ. Mais cette victoire ne saurait en aucun cas être du triomphalisme: elle demande un don de soi et une consécration totale. I ls n’ont pas aimé leur vie jusqu’à craindre la mort (Ap. 12. 11), dit encore l’Apocalypse en parlant de ceux qui ont vaincu Satan. D’ailleurs, c’est certainement aussi pour empêcher l’Eglise de tomber dans ce piège du triomphalisme que ce livre insiste tellement sur l’Agneau immolé. Mais s’il n’y a pas de triomphalisme, il n’y a pas non plus de découragement. Bien au contraire. L’Apocalypse a été écrite pour encourager les églises, toutes les Eglises, dans ce combat de la foi. C’est d’ailleurs le seul livre de toute l’Ecriture qui s’ouvre et se conclut par une béatitude: Heureux celui aui lit et ceux qui écoutent les paroles de la prophètie et gardent ce qui s’ y trouve écrit. (Ap. 1. 3) Heureux. Oui, heureux ceux qui accueillent le Christ dans leur vie, qui entrent dans sa victoire et marchent à sa suite sans triomphalisme ni découragement. Sa victoire devient leur victoire.

  • Qui est Jésus-Christ?

    Jean 4. 1-14 et 10. 27.30 De tout temps la personne de Jésus a intrigué et interpellé. Déjà du temps de son ministère terrestre. A plusieurs reprises, dans les évangiles, nous voyons les auditeurs de Jésus être perplexes et se poser toutes sortes de questions à son sujet. Dans Matthieu 13,54, suite à l’enseignement de Jésus sur les paraboles du Royaume, il nous est dit: Jésus enseignait dans la synagogue en sorte que ceur qui l’entendirent étaient étonnés et disaient : D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles.. N’est-ce pas le fils du charpentier ?...D’où li viennent toutes ces choses? Ces questions, ces interrogations furent nombreuses et causèerent des troubles parfois extrêmenment graves ! l’évangéliste Luc ajoute : ils furent tous remplis de colère dans la synagogue, lorsqu ‘ils entendirent ces choses. Et s’éant levés, ils le chassèrent de la ville et le menèrent jusqu ‘au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, afin de le précipiter en bas. Mais Jésus, passant au milieu d’eux s ‘en alla. (Luc 4.28-30). Ce n’est pas seulement en Galilée, auprès de ceux qui connaissent sa famille que le message et l’attitude de Jésus étonnent et scandalisent, c’est aussi le cas à Jérusalem. Dans le dixièmne chapitre de son évangile, Jean mentionne la réaction des auditeurs à son discours sur le bon berger: Il y eut de nouveau division parmi les juifs. Plusieurs d’entre eux disaient :ila un démon, il est fou; pourquoi l ‘écoutez-vous ? d’autres disaient : ce ne sont pas les paroles d’un démoniaque, un démon peut-il ouwrir les yeux d’un aveugle ? Plus le ministère de Jésus prenait de l’ampleur, plus les questions sur sa nature se faisaient pressantes: Un peu plus loin, dans le même chapitre l’évangile de Jean ajoute: C’était l’hiver et Jésus se promenait dans le temple sous le portique de Salomon. Les .Juifs l’entourèrent et lui dirent : jusques à quand tiendras-tu notre esprit en suspend ? Si tu es le Christ dis-le nous franchement (Jean 10 v.23-24) Oui. Qui est Jésus en vérité? Cette question fondamentale a traversé les siècles. Elle est la raison principale des premiers conciles dits oecuméniques au 4° et 5° siècle, et c’est encore une question d’actualité. Pour certains de nos contemporains Jésus est un grand saint au message de paix et d’amour qui a vécu il y a 2000 ans ; pour d’autres c’est un grand mystique que Dieu a accueilli comme son fils. l’écrivain français Ernest Renan parlait de Jésus comme «le doux rêveur galiléen ». L’éventail des opinions est très large et des livres affirment que Jésus est le premier socialiste, alors que d’autres essayent de prouver qu’il était le premier capitaliste. On a ainsi plusieurs Jésus, certains plus mystiques, d’autres plus philosophiques, d’autres encore, plus politiques Qui est Jésus ? C’ est une question fondamentale. Tout notre salut en dépend ! Ainsi que notre vision de l’Eglise. Et même du monde! Le théologien Karl Barth a écrit cette phrase à méditer : « dis-moi quelle est ta christologie (c’est-à dire ta doctrine du Christ) et je te dirai qui tu es. Pour examiner comment la Bible répond à cette question, il est intéressant d’étudier la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine (Jean 4.1-26). Dans ce passage que nous avons lu tout à l’heure Jésus se révèle d’abord comme humain et divin. Il est très humain en effet: Comme tout un chacun il est fatigué après avoir fait une longue marche et il a besoin de s’asseoir pour se reposer. C’est la margelle du puits qui lui servira de siège, Il est même si fatigué quil laisse ses disciples aller seuls au village acheter des vivres, car il a faim mais il n’avait probablement même plus la force de faire encore ce bout de chemin jusqu’ à la bourgade. Et puis, surtout il a soif car il fait chaud et c’est midi. C’est même la première demande qu’il adresse à cette femme inconnue qui vient puiser de l’eau: donne-moi à boire (v. 7). Tout au long des évangiles nous voyons le caractère éminemment humain de Jésus : il dort dans une barque, mème au plus fort de la tempête (fallait-il qu’il soit fatigué !}), il pleure quand il perd un de ses amis, et comme tout homme il apprend un métier, même un métier très physique, très masculin: charpentier. Mais Jésus est aussi divin : A la Samaritaine qui s’étonne de sa demande, il répond: si tu connaissais le don d Dieu et celui qui te parle, ilt’aurait donné de l’eau vive (v. 10) C’est, bien sûn, une allusion à cette parole du prophète Esaie: vous tous qui avez soif, venez aux eax. Venez, achetez. Mene celui qui n’a pas d’argent. (Es.55.1). Jésus se présente comme celui qui accomplit cette prophétie ! Et il précise même qu’il est bien au-dessus du patriarche Jacob, car lorsque la femme lui précise que ce puits est le puits de Jacob, Jésus répond: Quiconque boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boit l’eau que je lui donnerai n ‘aura jamais soif (v.14). Et quand la samaritaine parle du Messie, Jésus lui dit: j e le suis, moi qui te parle (v.26). Et puis Jésus est divin par la connaissance qu’il a de la vie de cette femme. En lui disant tu as eu 5 maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari (v.18) Jésus manifeste une connaissance qu’un simple homme ne pouvait avoir. La première chose que ce texte nous apprend c’est qu Jésus est pleinement homme et pleinement Dieu. Mais pa 50% de chaque. Il est 100% homme et 100% Dieu. Et ces deux natures cohabitent en lui sans séparation ni confusion, sans transformation ni division comme l’expliquent les confessions de foi des premiers siècles. Ce message est une merveilleuse nouvelle. Jésus est pleinement humain, il peut donc nous comprendre. Qui que nous soyons et quoi que nous ayons pu faire car il a éé tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché (He.4. 15). Et comme il est pleinement divin, il peut vraiment nous pardonner car qui peu pardonner les péchés si ce n’est Dieu seul ? (Mc.2.7; lc5.21) Nous avons donc un sauveur proche de nous, qui nous comprend pleinement et nous sauve entièrement. Il est fondamental de comprendre cela. Jésus n’est pas un simple prophète ou un homme à la sainteté telle que Dieu l’a finalement adopté comme son fils. Non ! Jésus est pleinement Dieu de toute éternité, mais aussi pleinement homme. C’est ce que les théologiens appellent I’incarnation. Jésus est aussi innovateur et conservateur. Innovateur, il l’est, et même d’une manière radicale: Lui, un juif, parle à une samaritaine, ce qui ne se faisait jamais. Les juifs traditionnalistes évitaient soigneusement de traverser l Samarie pour ne pas se « souiller », avec des infidèles. Pour cela, quand ils se déplaçaient entre Jérusalem et la Galilée ils faisaient un énorme détour en traversant deux fois l Jourdain... Jésus, qui est pourtant un juif pieux, brise ce tabou. Il en brise aussi un autre: A l’époque, jamais un homme ne s’adressait à une femme dans un lieu public. O Jésus non seulement s’adresse à cette femme, mais lui demande un service ! La Samaritaine est étonnée et même choquée comme le montre sa réponse: comment, toi qui es juif. Me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine? Enfin, Jésus brise un troisième tabou: lui, un homme pieux et juste, s’ adresse à une femme qu’il sait pécheresse et vivant dans ne situation conjugale irrégulière, ce qui était totalement impensable à l’époque. On a de la peine aujourd’hui à imaginer la révolution que cette attitude représentait dans les relations humaines, que de briser ces trois tabous. Le tabou racial (entre juifs et samaritains) Le tabou social (entre hommes et femmes) Le tabou moral (entre « justes » et pécheurs) N’est-ce pas un message d’une brûlante actualité ? E Christ nous sommes tous un, nous sommes tous frères et seurs. L n’y a place pour aucun mépris, aucune ségrégation, pour aucun apartheid : nous sommes tous membres de son corps. Mais, en même temps, J ésus est aussi conservateur. a cette femme interpelée par la liberté de Jésus, il répond: vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des juifs (v.22) C’est-à-dire : nous avons reçu la Révélation, la Parole de Dieu. Elle est la Vérité et elle ne change pas. Tout au long de son ministère et jusque dans son conflit avec les pharisiens et les sadducéens – Jésus a respecté, suivi et authentifié tout l’Ancien Testament. II a d’ailleurs bien précisé; Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Il a même ajouté il ne disparaitra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre. (Mat.5. 1 7-18). Et quand on lui pose une question sur le divorce : est-il possible de répudier sa femme? Jésus répond: N’avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l’homme et la femme (Mat. 19.4). Il répond donc en rappelant le plan créateur de Dieu tel que l’Ecriture l’enseigne. II n’adapte pas la Parole de Dieu à la morale du moment. C’est elle, I’Ecriture, qui fait autorité. Jésus ne prend aucune liberté face à cette Parole, car, par elle c’est Dieu lui-même qui parle. Il ne va donc pas l’adapter à la sauce contemporaine. Il ne va pas essayer de la « démythologiser » comme certains essayeront de le faire plus tard. II la reçoit vraiment comme la Parole de Dieu et il veut la mettre en pratique. Ainsi Jésus fait une grande différence entre la tradition et la Révélation. II est innovateur quand à la tradition, mais conservateur quant à la Révélation biblique. II est même extrêmement sévère envers ceux qui annulent la parole de Dieu au profit de leur tradition (Marc 7.13) on pourrait ajouter : que ce soit par la pensée à la mode ou la philosophie du moment. Là aussi c’est un message extrêmement actuel, car nos traditions, qu’elles soient musicales, liturgiques, sociales ou administratives peuvent changer, mais ce qui ne doit jamais changer, c’est ce que l’apôtre Paul appelle le bon dépôt (1Tim.6.20; 2 Tim 1.14) c’est-à-dire la Révélation biblique. tout essai de lui ôter son autorité, comme le font certains, ne peut être qu’une infidélité à cette Révélation. Enfin, dans ce récit de la rencontre entre Jésus et la samaritaine, Jésus apaise et dérange. Il va apaiser cette femme, il va lui donner cette eau vive à laquelle, secrètement elle aspire, il va la réconcilier non seulement avec elle-même, mais aussi avec tout son village. Mais il va d’abord la bousculer : Va, appelle ton mari , lui dit-il (v. 16) Cette femme alors ne peut plus cacher sa vie, ni utiliser des faux-fuyants ni déchappatoires.. elle est obligée de se dévoiler et d’être dans la vérité. Oui, Jésus fait grâce, mais sa grâce n’est jamais à bon marché. Il va d’abord mettre le doigt – Oh avec infiniment d’amour et de tact – sur le désordre et le péché de cette femme. IIl va l’amener à confesser ce qu’il y a au fond de son cœur. Et c’est cette confession qui va la libérer, et lui fera retrouver la communion des gens de son village et la rendre évangéliste! Ce message est d’une très grande actualité. On parle beaucoup de la grâce aujourd’hui, on aime rappeler I’amour infini de Dieu. Mais L’amour de Dieu, si grand soit-il, et sa grâce si profonde ne sont jamais synonymes de tolérance au mal, autrement, comme l’a si bien dit le pasteur martyr Dietrich Bonoeffer, c’est une « grâce à bon marché » qui ne change ni ne sauve personne. Il y a là un des plus grands défis pour l’Eglise aujourd’hui car dans notre désir de rejoindre nos contemporains, la tentation actuelle serait d’annoncer Une grâce sans repentance, Un amour sans fidélité Une tolérance sans discipline. Mais alors est-ce encore bien l’Evangile que nous annonçons ? Notre responsabilité – et notre joie – c’est dannoncer Jésus tel qu’il se présente et tel qu’on le voit dans ce récit de la femme samaritaine. Un Jésus proche des gens parce qu'il est humain, et qui peut vraiment sauver parce qu'il est divin. Un Jésus qui apaise les cœurs brisés et donne une vie nouvelle à tous ceux qui viennent à lui dans la repentance. Un Jésus qui respecte pleinement la Parole de Dieu et la met en pratique, et en même temps nous libère des tabous de nos traditions humaines. Pour cela nous avons tous besoin d’une visitation du Saint-Esprit car, comme le dit Jésus à la Samaritaine les vrais adorateurs adorent le Père en esprit et en vérité. Ce sont là les adorateurs que le Père demande (Jn 4.23) Amen

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