La Victoire de la Croix
- mariannedecorvet2
- Aug 11, 2025
- 19 min read
Updated: Aug 25, 2025

Parler de la victoire de la croix à l’époque du Nouveau Testament pouvait paraitre non
seulement paradoxal, mais saugrenu et même de fort mauvais goût sinon blasphématoire. Pour les juifs elle était un signe de malédiction comme le rappelle l’épītre aux Galates citant le Deutéronome: « maudit est quiconque est pendu au bois. » (Ga. 3. 13 et Dt. 21. 23) Pour les Romains, elle était la marque par excellence de la défaite, de l’humiliation et de l’infamie.
Pourtant, tout le Nouveau Testament parle de victoire quand il mentionne la croix!
Jésus a dépouillé les principautés et les pouvoirs et les a publiquement livrés en spectacle, en triomphant d’eux par la croix. (Col. 2. 15) Nous, nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu. (1Co. 1. 23.)
C’est parce que la croix est victoire et puissance que Paul ne veut savoir qu’une chose:
Jésus-Christ et Jésus crucifié. C’est aussi pour cela qu’il ne veut se glorifier de rien d’autre que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. (1Co. 2. 2 et Ga. 6. 14) Et c’est parce que le sang de l’Agneau a été versé sur la croix que l’Apocalypse s’ouvre par une doxologie qui s’amplifie tout au long du livre: A celui qui nous aime. Qui nous a délivrés de nos péchés par son sang et qui a fait de nous un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père, à lui la gloire et le pouvoir aux siècles des siècles. (Ap. 1. 5-6)
Il ya donc un renversement complet: la croix, qui était signe de défaite et d’humiliation
devient, dans le Nouveau Testament, source de victoire, de puissance et même de gloire.
Il fallait une audace incroyable, dans le contexte et l’atmosphère de l'époque, pour
oser opérer un tel changement. Nous ne réaliserons probablement jamais à quel point Paul a dû bouleverser les Corinthiens en ne voulant savoir et proclamer chez eux que Jésus crucifié. Certes, Paul, et les autres apôtres avec lui, disent aussi que la Croix est un drame, qu’elle est une souffrance inouie et un combat gigantesque, mais ce qu’ils ont compris et qu’ils proclament de toutes leurs forces, C’est qu’elle est un combat victorieux contre nos trois ennemis les plus redoutables, et que rien ni personne n’avaient encore pu vaincre, ni les pratiques religieuses, ni les sacrifices, ni même la loi, à savoir: le péché, la mort et le diable.
La croix est d’abord victoire sur le péché.
C’est la première vérité que le précurseur Jean-Baptiste annonce, tout au début du
Nouveau Testament, lorsqu’ il voit venir Jésus : Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. (Jn. 1. 29) Et c’est encore la première affirmation qui fait chanter l‘Apocalypse le livre par lequel se termine la révélation biblique: À celui qui nous aime et qui nous a délivrés de nos péchés par son sang..” (Ap. 1. 5) Ainsi, du début à la fin, tout le Nouveau Testament proclame cette vérité fondamentale : le péché: ce péché qui nous enveloppe si facilement (Heb. 12. 1) et dont nous sommes si souvent esclaves, est enfin vaincu par la croix de Jésus.
Ce message de la victoire sur le péché par la croix, est aussi le premier message des
épitres: Je vous ai transmis avant tout, ce que javais aussi reçu: le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures (1 Co. 15. 3) écrit Paul aux Corinthiens. L’apôtre est resté dix huit mois à Corinthe, il a beaucoup témoigné et beaucoup enseigné dans cette ville, ce qui n’a pas été d’ailleurs sans provoquer bien des réactions (Ac. 18. 1-18) et, en écrivant plus tard aux chrétiens de cette jeune église, il aborde également un grand nombre de problèmes, tant théologiques qu’éthiques ou communautaires, mais il tient à préciser que l'enseignement premier et prioritaire est celui du pardon des péchés par la croix. C’est le coeur du message, c’est là que tout commence car c’est aux pieds de la croix que notre vie peut changer.
Si Paul parle ainsi, c’est qu’il a expérimenté dans sa propre vie la réalité du pardon et
de la vie nouvelle. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a lui-même été enseigné; il le précise aux Corinthiens: Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’avais aussi reçu. Or, Paul le dira ailleurs, I’Evangile qu’il prêche, il ne l’a ni reçu, ni appris d’un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. (Ga. 1. 12) C’est donc le Christ lui-même qui l’a enseigné ainsi, qui lui a rappelé que ce message du pardon, de la victoire sur le péché est la première raison de sa venue. Et Paul l’a bien compris, il dira aux Galates le Christ s’est donné lui-même pour nos péchés (Ga. 1. 4) ’La croix, précise-t-il à ces chrétiens tentés par le salut par les rites et les mérites, n’a pas été imposée à Jésus malgré lui : il a volontairement donné sa vie, il a volontairement pris nos péchés sur lui à la croix car il savait que c’était le seul moyen de les effacer.
Ce que Paul dit dans ses épîtres est entièrement confirmé par l’enseignement de
l’apôtre Pierre: Jésus a porté nos péchés en son corps sur le bois. (1 Pi. 2. 24)
On pourrait multiplier les citations, elles sont innombrables. l’enseignement du
Nouveau Testament est unanime et c’est la première raison pour laquelle l’Evangile est une Bonne Nouvelle: par la croix, le péché est vaincu ; le Christ l’a pris sur lui et l’a englouti dans sa mort. II n’est donc plus sur nous. Finis, le remords, la culpabilité, la honte ou alors l’endurcissement et le ceur dur et froid: Nous sommes pardonnés, libérés, délivrés: Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous a vez été justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu (1Co. 6. 11) s’écrie Paul dans un chant d’allégresse et de reconnaissance.
Paul va même très loin : Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait devenir péché pour
nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. (2Co. 5. 21) Réalisons nous à quel point cette parole est bouleversante ? Pour nous qui baignons dans le péché, cela nous semble presque naturel, mais pour le Fils de Dieu ! Lui qui était l’incarnation de l’amour, de la justice et de la sainteté et que personne, jamais, n’a pu convaincre de péché, non seulement il porte les nôtres, mais encore il s’identifie à eux pour nous en délivrer. Il ne devient pas pécheur pour autant, il reste juste et saint, mais il devient péché pour nous.
Il est difficile parfois d’apporter ce message. Je me rappelle un certain « culte de
longue veille » le soir du 24 décembre dans ma première paroisse. J’étais jeune et je voulais profiter de cette célébration qui voit se rassembler une foule de paroissiens qu’on ne voit pas forcément les dimanches ordinaires, pour montrer le lien entre Noël et Pâques, entre la crèche et la croix. Je me suis donc inspiré d’un texte ou plutôt d’un cheur parlé qui m’avait beaucoup interpellé, écrit d’ailleurs par un auteur catholique, et intitulé « la poubelle de miséricorde. » J’ai voulu faire comprendre que la crèche mène à la croix, que Golgotha est déjà annoncé dans les récits mêmes de la nativité; non seulement dans la parole de Siméon, mais déjà dans celles des anges aux bergers: il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. (Lc. 2. 11) Car c’est à la croix que ce Sauveur a accompli son œuvre de salut. Et j’ai repris ce texte de 2 Cor.5.21, j’ai redit que si Dieu, en Christ, s’est fait homme, c’est non seulement pour vivre une vie semblable à le nôtre, non seulement pour porter nos péchés, mais même devenir péché afin que nous puissions apporter les nôtres, comme dans une poubelle de miséricorde, et en être déchargés. J’ai terminé le service par un appel en reprenant les paroles même du choeur parlé qui met en scène trois choreutes, comme dans le théâtre antique :
Choreutes:
1. -Voici la poubelle aux immondices,
2. -Voici la besace aux cloportes.
3. – Voici le vide-tout des âmes.
Clochette – Drelin! drelin!
1,2 et 3-Voici la poubelle qui passe.
Le récitant. – Va, mon frère, va jette en moi tout cela que ton âme recèle et qui empoisonne ta vie. Délivre-toi. Jette ceci et puis cela. Ceci sur quoi sont les vers du remords, mon frère, va, jette en moi tout cela que ton âme recèle et qui empoisonne. Cela qui, seulement d’y songer, vous fait lever le coeur. Voici la poubelle de miséricorde qui passe ce soir. Viens apporter tes fautes, tes péchés, le Seigneur est venu pour te les prendre ». (Léon Chancerel: La poubelle de misEricorde. Cité par I. Exbrayant dans: Aux carrefours et sur les places. Ed. Les bergers et les Mages. Paris)
Je n’avais pas réalisé que dire cela le soir du 24 décembre, à un auditoire non préparé
et qui était venu en grande majorité soit pour terminer une soirée de fête en famille, soit pour assister à un concert de musique religieuse, (l’organiste avait composé une cantate exprès pour cette occasion) était peut-être inadapté. j’ai probablement commis une erreur de goût comme me l’a gentiment fait remarquer un collègue; ce n’était pas forcément le meilleur moment. Ni le meilleur endroit pour parler ainsi! Le fait est que cette prédication en a choqué plus d’un. Certains auditeurs se sont même plaints aux autorités de l’Eglise à qui j’ai dû envoyer le texte de ma prédication (qui m’a d’ailleurs été renvoyé sans aucun commentaire !)
Sans excuser le fait que j’aie été maladroit et que mon zèle d’évangéliste était plus
intempestif que sage j’étais jeune !), j’ai aussi réalisé que la prédication de la croix n’était ni facile ni populaire. Même dans l’Eglise! On préfère en rester souvent à l’enfant de la crèche et raconter des contes attendrissants ! Et pourtant, que serait Noël sans Vendredi saint et Pâques? Peut-on vraiment célébrer la venue du Sauveur sans mentionner de quelle manière il nous a sauvés? Noël n’est que le début de l’histoire qui culmine à vendredi Saint et Pâques ! Mais comment ‘annoncer avec des mots qui rejoignent nos contemporains? «O croix de la prédication de la croix ! » disait Adolphe Monod.
Oui, la croix c ‘est d’abord la victoire sur le péché, la culpabilité, le remords, l’angoisse
et tout ce qui m’oppresse. Je sais désormais que mon passé, quel quil soit, est effacé, lavé. C’est l’accomplissement de la prophétie d’Esaie : Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s’ils sont rouges comme l’écarlate, ils deviendront comme de la laine. (Es. 1. 18)
Je ne suis pas, comme Lady Macbeth qui, après son crime, essaye désespérément de se laver les mains et qui s’écrie dans la fameuse pièce de Shakespeare : « ll y a là toute l’odeur du sang...Tous les parfums de ‘Arabie ne purifieraient pas cette petite main-là! Oh! Oh! Oh! » (Shakespeare: Macbeth Actes V scene I) Non, ni les parfums de lArabie, ni les détergents les plus modernes ne pourront laver le cceur humain et apaiser la conscience chargée; mais bien le sang du Sauveur sur la croix : le sang de Jésus nous purifie de tout péché,(1 Jn. 1. 7) dit l’apôtre Jean. Et Paul, écrivant aux Corinthiens et leur rappelant comment ils avaient vécu dans un grand désordre moral et spirituel, ajoute: Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l'Esprit de notre Dieu. (1 Co. 6. 9-11)
Hélas, le péché ne disparaît pas pour autant de nos vies. Nous restons des pécheurs.
Jusqu’au bout. Comme le disait Luther, le chrétien est à la fois « toujours pécheur, toujours juste et toujurs pénitent. » Ce serait une grave ereur dans laquelle, hélas, sont tombés parfois certains chrétiens – de croire que le péché peut étre éliminé de nos vies. Il nen demeure pas moins vrai que la croix est victoire sur le péché, et qu’elle se manifeste de trois manières dans l‘histoire de nos vies : c’est ce que certains appellent, pour mieux s’en souvenir : Les trois P de la victoire de la croix sur le péché.
En portant nos péchés sur le bois comme dit l’apôtre Pierre, en subissant à notre place
le châtiment qui nous donne la paix, selon la prophétie d’Esaie, le Christ nous affranchit d’abord de la punition que méritait notre péché. Vous étiez morts par vos fautes et par vos péchés, nous tous aussi nous étions de ce nombre...mais Dieu nous a rendus à la vie avec le Christ. (Ep. 2. 1-7) Notre passé est pardonné, nous sommes enfants de Dieu: celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie, (Jn. 5. 24) rappele Jésus lui-même. Et l’apôtre Jean, bouleversé par cette nouvelle écrit: Voyez quel amour le Père nous a donné, puisque nous sommes appelés enfants de Dieu! Et nous le sommes. (1 Jn. 3. 1)
Par le Saint-Esprit, qui est l’Esprit de Jésus, nous recevons la victoire sur la puissance
du péché. Certes, là encore, il ne faut pas en déduire que nous ne succombons plus jamais à la tentation, nous restons pécheurs. Pourtant, nous pouvons avoir la victoire sur telle ou telle habitude, sur telle ou telle tentation contre laquelle jusque là nous étions sans force. On pourrait multiplier les exemples de tel alcoolique ou drogué délivré, de tel mari violent incapable de résister à des crises de colère et qui a vu sa violence s’apaiser. Je pense aussi à cet ami, lié par un esprit d’impureté et qui, par la puissance de lesprit en a été délivré.
Enfin, quand Jésus reviendra établir son Royaume, ce sera la victoire sur la présence
même du péché, car Dieu sera tout en tous et toutes choses seront faites nouvelles. Il ne restera plus que l’amour : Il n’y aura plus d’anathème. Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la vile. Ses serviteurs le serviront et verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts. La nuit ne sera plus, et ils n’auront besoin ni de la lumière d’une lampe, ni de la lumière du soleil, le Seigneur Dieu les éclairera. Et ils régneront aux siècles des siècles. (Ap. 22. 5)
Nous ne sommes pas encore dans le Royaume, mais la croix inaugure cette triple
victoire, déjà remportée mais qui sera totalement réalisée lors de l’Avènement du Christ.
La croix est ensuite victoire sur la mort.
C’est d’ailleurs la suite logique. Là encore les textes bibliques sont innombrables : Le
salaire du péché c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu (littéralement le charisme), c’est la vie éternelle en Christ-Jésus notre Seigneur. (Ro. 6. 23) Jésus-Christ a réduit à limpuissance la mort et mis en lumière la vie et l’incorruptibilité par l’Evangile. (2 Tm. 1. 10) Par sa mort. Il écrasé celui qui détenait le pouVoir de la mort, c’est-à-dire le
Diable. (Heb. 2. 14)
C’est pourquoi l’apôtre Paul peut s’écrier, en citant le prophète Esaie:
La morta été engloutie dans la vctoire,
Ô mort où est ta victoire?
Ô mort où est ton aiguillon? (1 Co. 15. 55)
Les Réformateurs ont bien compris et enseigné ces vérités : « la mort de Jésus est la
mort de notre mort » disait Luther. Quant à Calvin, il écrit qu’à la croix « la mort est morte. »
Pourtant, depuis la croix et la Résurrection la mort n’a pas disparu ; elle est même plus
présente que jamais. Elle s étale dans nos journaux et fait la une des nouvelles télévisées. Mais ilya mort et mort! Il y a le décès qui est bel et bien toujours la et qui demeurera jusqu’au jour de la Résurrection et de l’avènement de Jésus ; et puis, il y a ce que la Bible appelle « la seconde mort (Ap. 2. 11); 20.6, 14; 21.8) », c’est-à-dire la séparation totale et définitive d’avec Dieu. C’est de cette mort là que Dieu parlait lorsqu’il avertit Adam au jardin d’Eden en lui disant de ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal car : le jour où tu en mangeras tu mourras. (Gn. 2. 17) Pourtant, Adam et Eve ne sont pas décédés en mangeant du fruit défendu, mais ils ont bel et bien été chassés du jardin et de la présence de Dieu, et c’est précisément cela la seconde mort. Bien plus terrible que le décès qui nous enlève, certes, la respiration, mais pas la Vie, puisqu’il nous fait entrer au contraire dans la présence éternelle du Seigneur. Celui qui reçoit la vie de Jésus ne sera jamais séparé de son amour. Même pas par le décès. C’est ce que Jésus affirme devant le tombeau de Lazare : Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. (Jn. 11. 25) Il est symptomatique que Jésus dise cela devant le sépulcre de son ami. Si quelqu’un croyait en Jésus, cétait bien Lazare dont il est précisé que Jésus l’aimait. Pourtant il est bien décédé. Mais la « seconde mort », cette terrible séparation d’avec Dieu, n’avait pas prise sur lui, et, pour bien le montrer à tous Jésus I’a ressuscité.
C’est de cette seconde mort que la croix de Jésus nous libère. Comme le précise encore l’apôtre Paul: Je suis persuadé que ni la mort, ni la vie... ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur. (Ro. 8. 31-39)
Certes, tant que Jésus n’est pas revenu, le décès demeure et c’est le lot de tous; mais il a perdu son aiguillon . Et quand le Seigneur reviendra, alors même cette mort-là sera supprimée: Et la mort ne sera plus (Ap. 21. 4), promet l’Apocalypse.
La croix est enfin la victoire sur le diable.
C’est aussi la suite logique. Comme le dit l‘épitre aux Hébreux da citée: par la mort, il
anéantit celui qui a la puissance de la mort c’est-à-dire le diable. Tout au long de l’Ecriture on retrouve ces trois ennemis qui sont d’ailleurs ceux du jardin d’Eden: Le serpernt (C’est-à-dire le diable, selon Apoc.12.9) entraîne Adam et Eve dans le péché qui les conduit à la mort. Mais par la croix, Jésus efface le péché, détruit la mort et remporte la victoire sur Satan. Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les euvres du diable (1 Jn. 3. 8), affirme l’apôtre Jean.
La croix est donc aussi la victoire sur toutes les puissances mauvaises et les esprits
malins: Il a dépouillé les principautés et les pouvoirs et les a publiquement livrés en spectacle en triomphant d’eux par la croix. (Col. 2. 15)
La croix a des conséquences non seulement ici-bas, mais dans les lieux célestes. Elle
est une victoire cosmique, sur la création tout entière. C’est ce que l’apôtre Paul affirme dans ce fameux chapitre 8 de l’épitre aux Romains qui conclut la première partie de son enseignement: car la création a été soumise à la vanité – non de son plein gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise – avec une espérance: cette même création sera libérée de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. Or, nous savons que jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. (Ro. 8. 20-22)
La croix est bien cette triple victoire, sur le péché, la mort et le diable. Comme Jésus le
proclame – et c’est sa dernière parole avant de rendre l’Esprit: Tout est accompli. (Jn. 19. 30) A la croix il a effectivement tout accompli, non seulement pour le pardon de nos péchés, mais pour le rétablissement de toutes choses et pour que toutes les puissances de destruction, de violence, de péché et de mort soient vaincues. Ce n’est donc pas seulement le pardon de mes péchés que je reçois en venant à la croix, mais la victoire sur toute la puissance de l’Ennemi.
C’est bien cette triple victoire que chante – et avec quelle force l’Apocalypse. On est
même condamné à ne rien comprendre à ce livre, certes difficile, mais merveilleux, si on n’a pas compris cela!
Comment débute en effet ce dernier livre de la Bible?
A Celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang. (Ap. 1. 5)
C’est le rappel de la victoire sur le péché.
J’étais mort, et me voici vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts.(Ap. 1. 18)
C’est le rappel de la victoire sur la mort.
Je suis l’alpha et l’omega, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout Puissant. (Ap. 1. 8)
C’est la victoire sur toutes les puissances.
Et comment cette victoire a-t-elle été rendue possible ? Par la croix. C’est elle que
chantent les Anciens et les quatre êtres vivants : Et je vis au milieu du trône et des quatre êtres vivants, et au milieu des anciens, un agneau debout qui semblait immolé... Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant: tu es digne... car tu as été immolé et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue...(Ap. 5. 6,9) La prophétie le souligne bien, l’Agneau immolé est « au milieu du Trône », c’est-à-dire à l’endroit même de la gloire de Dieu. Cest bien la croix qui est la raison de la victoire et c’est son oeuvre gue le ciel entier, avec tous les anges et les rachetés célèbre sans fin.
Cette victoire accomplie à la croix, bien que totale et définitive, ne sera pleinement
manifestée qu’au retour de Jésus-Christ. Entre temps, l’ennemi, bien que vaincu, ne rend pas les armes. Au contraire, il va se déchaîner ; et c’est ce que raconte encore l’Apocalypse: Il y eut une guerre dans le ciel, Michel et ses anges combattirent le dragon... II fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre habitée... Alors j’entendis... il a été précipité, l’accusateur de nos frères... Ils l’ont vaincu à cause du sang de l’Agneau et de la parole de leur témoignage. (Ap. 12. 7-11)
Oui, l’Ennemi se déchaîne. Il ne faut pas s’en étonner, car il sait qu’il a peu de temps.
(Ap. 12. 12) Et l'Apocalypse raconte encore comment il envoie cette « trinité diabolique » formée de la bête qui monte de la mer, suivie de la bête qui monte de la terre et de la grande prostituée. Mais, appuyée sur l’euvre de la croix, sur le sang de l’Agneau, l’Eglise n’a pas à avoir peur, car la victoire est certaine.
C’est d’ailleurs par le rappel de cette triple victoire, totale et définitive, que se termine
l'Apocalypse – et par conséquent toute la révélation biblique : Et il me montra un fleuve d’eau de la vie (rappel du jardin d’Eden) qui sortait du trône et de l'Agneau (rappel de la Croix).. et il n’y aura plus d’anathème, le trône de Dieu et de ‘Agneau sera dans la ville, ses serviteurs le serviront et verront sa face. (Ap. 22. 1, 3) C’est bien la victoire sur le péché, dans ses trois aspects : victoire sur la punition, la puissance et même la présence du péché.
Sur les deux bords du fleuve, se trouve l’arbre de vie (nouveau rappel du jardin d’Eden:
la croix rétablit tout ce que la chute avait détruit: elle apporte la vie. Alors que la chute avait produit la mort),...dont les feuilles senvent à la quérison des nations. (Ap. 22. 2) C’est la vie pour tous. C’est le rétablissement de toutes choses. La mort même est abolie.
C'est enfin la victoire définitive sur Satan et ses démons: Et le diable, qui les séduisait
fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles. (Ap. 20. 10)
L’Apocalypse est donc bien, avant toutes choses, la célébration de la victoire du Christ
sur ces trois ennemis qui, depuis la chute, font souffrir I’humanité le péché, la mort et le diable. Victoire déjà accomplie, mais pleinement manifestée au retour de Jésus. Et le coeur de cette victoire, c’est la croix. Le nom, de loin le plus fréquent, par lequel Jean désigne Jésus dans ce livre c’est l’Agneau, qui revient 28 fois dans ces 22 chapitres. Il ne s’agit pas, bien sûr. De souligner la candeur et Iinn0cence de cet animal, comme dans la fable de La Fontaine, mais bien de rappeler l’agneau pascal de la sortie d’Egypte, l’agneau du sacrifice qui ôte le péché du monde.
C’est pourquoi l’Apocalypse est un immense encouragement pour l’Eglise. Adossée à
la victoire de Pâgues, (comme la vision du Christ glorieux et tout puissant du premier chapitre le lui montre), et attendant le retour glorieux et t’Avènement de son Seigneur comme la conclusion du livre l’annonce, l’Eglise peut étre confiante. Et dans ce temps qui va de l’Ascension à la Parousie, comment est-elle appelée à vivre ? C’est ce que rappellent les lettres aux sept eglises des chapitres 2 et 3 qui représentent l’Eglise universelle de tous les temps et de tous lieux. C’est d’ailleurs pour cela que chacune de ces lettres se termine par cette exhortation et cette promesse : A celui qui vaincra. Comme le dit le théologien anglican Michael Green: On peut résumer tout le message de l’Apocalypse en trois mots:We shall overcome! (Nous vaincrons)
Mais cette victoire, il faut se l’approprier. Il ne s’agit pas d’être inactifs ou passifs : il faut
entrer dans cette victoire, la saisir, l’intégrer à notre vie et notre comportement. C’est pourquoi il est dit chaque fois : « A celui qui vaincra. » Certes. Christ a vaincu, mais nous devons vaincre aussi.Ou plutôt nous devons accueillir sa victoire de telle manière qu’elle devienne la notre.
Comment? L’Apocalypse répond aussi à cette question:
Heureux ceux qui lavent leurs robes. (Ap. 22. 14) C’est à la fois la conclusion du livre et
la dernière béatitude de la Bible. La victoire de la croix devient notre victoire quand. Dans la repentance et la foi, nous apportons au Christ sauveur non seulement nos péchés et nos fautes, mais aussi notre moralité, notre bonne éducation, notre justice propre, car, comme le dit le prophète Esaie: Tous nos actes de justice sont comme un vêtement pollué. (Es. 64. 5) C’est notre être entier qui a besoin d’être purifié par le sang du Christ. C’est cela la conversion, le premier pas que nous sommes appelés à faire, qui nous fait passer de la mort à la vie et fait de nous des enfants du Père.
Mais ce premier pas doit être suivi d’autres: ceux qui ont été ainsi rachetés, purifiés,
lavés, sont appelés à suivre l’Agneau partout où il va. (Ap. 14. 4) C’est à-dire à entrer dans un chemin d’obéissance. Et cette obéissance n’est pas d’abord l’observation de préceptes ou de lois, mais une « suivance » de Jésus Christ. Comme disait Bonhoeffer. C’est une communion, une intimité, un amour pour le Seigneur qui nous fait désirer marcher comme il a marché (1 Jn. 2. 6), vivre comme il a vécu et agir selon son exemple, comme Jésus lui-même le demande à ses disciples lorsqu’il leur lave les pieds (Jn. 13. 15), bref, c’est aimer comme il a aimé. C’est ce que les épītres appellent à plusieurs reprises, la sanctification.
Et puis, entrer dans la victoire c’est non seulement vivre une vie d’obéissance, mais
aussi de témoignage: lls l’ont vaincu (le diable) à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage. (Ap. 12. 11) Nous sommes appelés à rendre un témoignage en actes et en paroles. Nous ne pouvons pas séparer les deux. Certes, nous devons faire attention que nos actes ne démentent pas nos paroles ; trop de gens ont été éloignés de la foi par des Chrétiens inconséquents, mais ce n’est pas une raison pour se taire. Rien ne fortifie davantage notre foi que de témoigner, c’est même, comme dit ce texte, une des conditions de la victoire.
Enfin, l’Apocalypse précise encore que ceux qui ont vaincu la bête... chantent le
cantique de Moise et le cantique de l’Agneau. (Ap. 15. 3) Une des caractéristiques les plus constantes des rachetés de tous les temps c’est la louange. L’Eglise militante sur la terre se joint à l’Eglise triomphante dans le ciel ainsi qu’à tous les anges, pour chanter la gloire et la victoire du Christ.
Mais cette victoire ne saurait en aucun cas être du triomphalisme: elle demande un
don de soi et une consécration totale. Ils n’ont pas aimé leur vie jusqu’à craindre la mort (Ap. 12. 11), dit encore l’Apocalypse en parlant de ceux qui ont vaincu Satan. D’ailleurs, c’est certainement aussi pour empêcher l’Eglise de tomber dans ce piège du triomphalisme que ce livre insiste tellement sur l’Agneau immolé.
Mais s’il n’y a pas de triomphalisme, il n’y a pas non plus de découragement. Bien au
contraire. L’Apocalypse a été écrite pour encourager les églises, toutes les Eglises, dans ce combat de la foi. C’est d’ailleurs le seul livre de toute l’Ecriture qui s’ouvre et se conclut par une béatitude: Heureux celui aui lit et ceux qui écoutent les paroles de la prophètie et gardent ce qui s’ y trouve écrit. (Ap. 1. 3)
Heureux. Oui, heureux ceux qui accueillent le Christ dans leur vie, qui entrent dans sa
victoire et marchent à sa suite sans triomphalisme ni découragement. Sa victoire devient leur victoire.



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